L’avantage d’un déjeuner à l’Elysée, c’est qu’on évite les hamburgers servis par la famille Bush. Œufs brouillés aux truffes, piccatas de veau au comté et dôme chocolat fruits rouges : la maison sait recevoir. - « On a encore un peu de mal à réaliser que vous êtes là », avance un confrère. - « Moi, je réalise très bien », sourit le nouveau maître des lieux. En grande forme, le nouveau président, ravi de ses vacances outre-Atlantique, où il se réjouit en toute modestie d’avoir « fait la une » de la presse américaine pendant huit jours ». Et assuré, par la même occasion, la promotion mondiale de la petite station de Wolfeboro. Quitte à jouer les Rambos en sautant sur le bateau de paparazzis, qui le harcelaient, pour leur arracher l’appareil photos ! Pas question pour autant de vendre le fort de Brégançon acheté par De Gaulle en 1967, comme le suggère le député René Dosière, qui scrute les dépenses de l’Elysée et le juge désormais inutile. « Quel symbole ce serait », s’indigne Sarko. Chirac, lui, y séjournait tous les étés et a d’ailleurs appelé son successeur de Saint-Tropez où l’accueillait le milliardaire François Pinault. Une confidence qui permet au nouveau président de montrer qu’il n’est pas le seul à fréquenter des riches, mais que lui appartient à son époque, et donc voyage.
Ironique et affectueux
Un déjeuner avec Nicolas Sarkozy, c’est toujours une leçon d’éducation politico-médiatique et un festival de vacheries. Ce qui ne l’empêche pas d’être tour à tour ironique et affectueux. A la veille de ses cent jours à l’Elysée, le chef de l’Etat, fort de sa cote de popularité, se targue d’un bilan honorable. Autonomie des universités, service minimum, paquet fiscal, réforme de la justice. Le retocage du Conseil constitutionnel sur les prêts immobiliers, qui, selon lui, « ne vaut pas tripette » n’est pas de nature à le faire changer d’avis. « Quand on a un emprunt sur son appartement, on n’est pas propriétaire. C’est la banque, qui d’ailleurs prend une sûreté », tranche le président. Toutes les réserves sur ses premiers mois à l’Élysée lui rappellent surtout ses débuts place Beauvau, et relèvent, à l’en croire, d’une adaptation des mentalités plombées par 25 ans de pensée unique.
Réponse à tout
Tout comme la crise financière aurait révélé le cercle vicieux dans lequel la Banque centrale européenne se serait enfermée, avec cette conséquence : « On a tué l’industrie française », suivie de l’annonce de mesures pour la fin du mois, en partie dévoilées par François Fillon dans une interview au Monde. Quant à la réduction du nombre de postes de fonctionnaires (on est passé du non-renouvellement d’un sur deux à un sur trois), le président considère que c’est déjà le double de l’année précédente et qu’on ne peut pas faire d’économies sans, au préalable, des réformes de structure. Lesquelles seront maintenues. Bref, l’homopoliticus a réponse à tout et une pêche d’enfer, malgré les premières contrariétés. Il continuera à tout faire et à décider pour tous.