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31.08.2007

Le désert socialiste

Le Parti socialiste est en pleine traversée du désert. L’absence de ses principaux ténors à l’université d’été de La Rochelle le montre sans ambiguïté. Hormis Dominique Strauss Kahn en campagne pour la présidence du FMI (Fonds monétaire international), peu de leaders invoquent des raisons valables. En particulier Fabius, sorti du bureau national pour marquer sa prise de distances ; Lang, également, qui semble totalement absorbé par sa participation à la commission de rénovation institutionnelle mais traduit ainsi sa mauvaise humeur à l’égard des instances dirigeantes du parti. Martine Aubry, qui préfère assister à la grande braderie de Lille, semblant se replier sur un destin municipal. Ou encore Lionel Jospin, tout à la rédaction finale de son dernier livre. Comme s’il ne voulait pas rééditer l’expérience de ses sanglots, l’an passé, sur son échec de 2002. Réglant leurs comptes par livres interposés, les socialistes ont donc laissé les clefs du parti à son Premier secrétaire, François Hollande, si souvent critiqué mais toujours fidèle au poste. Reste à savoir si Ségolène Royal, qui s’exprimera demain matin, assistera dimanche au discours de clôture de son ancien compagnon. Elle qui n’est décidément plus la madone des sondages, sa chute étant spectaculaire, mais elle n’a en rien renoncé à ses ambitions.
Et souhaite avoir le dernier mot dans un livre prévu pour octobre, une fois passé l’avalanche des aigreurs soigneusement distillées par Mme Lienemann, MM. Mélenchon ou Allègre. Le seul qui sera néanmoins présent pour lui faire contrepoids s’appelle Bertrand Delanoë. Nul doute qu’en cas de réélection en 2008, le maire de Paris deviendrait un concurrent sérieux pour la présidentielle de 2012. Il faut dire que l’exceptionnelle popularité de Nicolas Sarkozy, qui n’est pas sans rappeler celle du Général de Gaulle de 1959 à 1961, ne laisse guère d’espace aux socialistes dont les critiques ne portent pas. Que ce soit sur les vacances de milliardaire du nouveau président, ses cadeaux fiscaux ou ses propos à l’emporte-pièce (en particulier sur les Bretons), les socialistes ont beau multiplier les angles d’attaque, rien ne prend vraiment. Outre le fait que l’ouverture les a déstabilisés, 76 % des ouvriers approuvent désormais la politique du chef de l’État, selon un sondage TNS-Sofres. Comme si son populisme sophistiqué était désormais le seul à les faire rêver.

29.08.2007

Villepin l’historien engagé

Quinze jours avant d’être à nouveau convoqué par les juges dans l’affaire Clearstream, Dominique de Villepin tente de reprendre l’offensive. Il publie un livre (1), qui porte en filigrane une réflexion sur le pouvoir et sa perte, et s’attache à déceler dans cette période faste de l’apogée napoléonienne les germes de sa chute. Tout part, selon lui, de la Révolution française, qui n’a jamais été digérée, d’où cette violence qui persiste dans notre société et l’empêche d’accoucher des compromis nécessaires comme dans le monde anglo-saxon. Car l’Etat écrase tout et l’ancien Premier ministre voit dans la toute-puissance du pouvoir actuel, une nouvelle illustration de cette tendance française. Selon Villepin, l’ouverture n’a en effet accouché que d’une souris avec des individualités vaguement honteuses qui n’osent pas s’exprimer. Là-dessus, le président Sarkozy avec lequel il entretiendrait de bons rapports, malgré cette ténébreuse affaire dont on voudrait lui faire porter le chapeau, lui a répondu de Corse : l’opposition existe bien même si elle a du mal à s’opposer. Villepin, qui a vécu le pouvoir de l’intérieur, évoque la peur qui l’habite et dont les citoyens n’ont pas toujours idée. Il évoque un Napoléon ayant réussi à réapprivoiser une société en perte de repères, qui sut développer les outils de sa propagande et construire sa légende.
L’allusion à Sarkozy, qui développerait un pouvoir personnel, est transparente. La veille, sur TF1, l’ancien chef du gouvernement estimait que l’équipe qui lui avait succédé devrait bientôt obtenir des résultats. Et ne pas se contenter de communiquer comme le fait brillamment Bernard Kouchner sur l’Irak, s’attirant une réponse de la député UMP, Nadine Morano, sur le thème « nous, on a les mains dans le cambouis ». Mais il est vrai que le bon bilan économique laissé par Villepin commence à se détériorer compte tenu de la conjoncture. On n’a pas fini d’entendre parler de lui. (1) « Le soleil noir de la puissance » (Perrin), deuxième de sa série consacrée à Napoléon, dont le premier était les « Cent Jours ». 

23.08.2007

La lutte contre l’impuissance

Une catastrophe naturelle, aérienne ou ferroviaire, un accident de pêche (au demeurant scandaleux) ou d’autocar et voilà que les hommes politiques débarquent désormais au plus haut niveau, comme hier, pour témoigner leur solidarité avec les familles des victimes. Dans ces moments douloureux, leur soutien est précieux et apprécié. Rien que de très normal au sein de sociétés où la vie humaine, comme le respect de l’enfant, sont mieux pris en compte que sous d’autres latitudes ou à d’autres époques. Nicolas Sarkozy n’a pas inventé cette gestion compassionnelle dont Jacques Chirac avait fait un style de gouvernement au point de l’étendre aux victimes de l’esclavage. Avec un goût pour la repentance qui confinait à l’excès. Déjà ministre de l’Intérieur, le nouveau président assistait systématiquement aux obsèques des représentants des forces de l’ordre tués dans l’exercice de leurs fonctions. Il n’hésitait pas à interpeller la justice quand un crime était le résultat d’une récidive que les magistrats n’avaient pas su prévenir. Ainsi, tenait-il récemment en privé des propos très critiques sur la procureure dans le dossier du pédophile Francis Evrard qui a focalisé l’attention des médias en début de semaine.
Reste que ce recours systématique à un registre émotionnel n’est pas sans danger. Simplifier à l’excès des problèmes qui ont souvent des causes plus complexes peut apporter un réconfort momentané. Au risque de déresponsabiliser la chaîne de tous ceux qui, à des degrés divers (éducateurs, soignants, psychologues, magistrats...), auraient pu agir avec plus de célérité. « L’affaire Evrard, ce n’est pas un dysfonctionnement, c’est un vide juridique », tranche le chef de l’État. De même s’est-il engagé à tout faire pour que le procès du bateau ayant coulé le Sokalique se tienne en France. On est loin de la macroéconomie et de la crise financière sur laquelle les Etats ont moins de prise à l’heure de la mondialisation. Par ses intrusions répétées dans le quotidien des Français, du pouvoir jadis qualifié de suprême, le président veut montrer l’exemple. C’est une course contre l’impuissance qui finit toujours par tuer le politique et plus symboliquement le père... de la nation.

22.08.2007

Sarkozy se met à table

L’avantage d’un déjeuner à l’Elysée, c’est qu’on évite les hamburgers servis par la famille Bush. Œufs brouillés aux truffes, piccatas de veau au comté et dôme chocolat fruits rouges : la maison sait recevoir. - « On a encore un peu de mal à réaliser que vous êtes là », avance un confrère. - « Moi, je réalise très bien », sourit le nouveau maître des lieux. En grande forme, le nouveau président, ravi de ses vacances outre-Atlantique, où il se réjouit en toute modestie d’avoir « fait la une » de la presse américaine pendant huit jours ». Et assuré, par la même occasion, la promotion mondiale de la petite station de Wolfeboro. Quitte à jouer les Rambos en sautant sur le bateau de paparazzis, qui le harcelaient, pour leur arracher l’appareil photos ! Pas question pour autant de vendre le fort de Brégançon acheté par De Gaulle en 1967, comme le suggère le député René Dosière, qui scrute les dépenses de l’Elysée et le juge désormais inutile. « Quel symbole ce serait », s’indigne Sarko. Chirac, lui, y séjournait tous les étés et a d’ailleurs appelé son successeur de Saint-Tropez où l’accueillait le milliardaire François Pinault. Une confidence qui permet au nouveau président de montrer qu’il n’est pas le seul à fréquenter des riches, mais que lui appartient à son époque, et donc voyage.
 
Ironique et affectueux
Un déjeuner avec Nicolas Sarkozy, c’est toujours une leçon d’éducation politico-médiatique et un festival de vacheries. Ce qui ne l’empêche pas d’être tour à tour ironique et affectueux. A la veille de ses cent jours à l’Elysée, le chef de l’Etat, fort de sa cote de popularité, se targue d’un bilan honorable. Autonomie des universités, service minimum, paquet fiscal, réforme de la justice. Le retocage du Conseil constitutionnel sur les prêts immobiliers, qui, selon lui, « ne vaut pas tripette » n’est pas de nature à le faire changer d’avis. « Quand on a un emprunt sur son appartement, on n’est pas propriétaire. C’est la banque, qui d’ailleurs prend une sûreté », tranche le président. Toutes les réserves sur ses premiers mois à l’Élysée lui rappellent surtout ses débuts place Beauvau, et relèvent, à l’en croire, d’une adaptation des mentalités plombées par 25 ans de pensée unique.
Réponse à tout
Tout comme la crise financière aurait révélé le cercle vicieux dans lequel la Banque centrale européenne se serait enfermée, avec cette conséquence : « On a tué l’industrie française », suivie de l’annonce de mesures pour la fin du mois, en partie dévoilées par François Fillon dans une interview au Monde. Quant à la réduction du nombre de postes de fonctionnaires (on est passé du non-renouvellement d’un sur deux à un sur trois), le président considère que c’est déjà le double de l’année précédente et qu’on ne peut pas faire d’économies sans, au préalable, des réformes de structure. Lesquelles seront maintenues. Bref, l’homopoliticus a réponse à tout et une pêche d’enfer, malgré les premières contrariétés. Il continuera à tout faire et à décider pour tous.

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