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29.06.2007

Fillon bouc émissaire du changement

Est-ce l’activité débordante de l’hyper-président, la présidentialisation accrue du régime incarnée à satiété par Nicolas Sarkozy ou encore l’image un peu lisse de François Fillon ? En quelques semaines, le Premier ministre serait presque devenu le bouc-émissaire d’un système qui cherche constamment des cibles faciles. L’hebdomadaire Marianne a forcé le trait au point que Jean-Pierre Raffarin, qui ne le portait pas vraiment dans son cœur, est venu à sa rescousse. Et son porte-parole, Laurent Wauquiez, a annoncé qu’il allait se renforcer dans les prochaines semaines. A Matignon, on semble prendre la chose avec philosophie en rappelant que le Premier ministre a consacré les derniers jours à faire des arbitrages. Et que la répartition des rôles avec le chef de l’Etat ne l’a pas surpris. Cela fait maintenant deux ans que Fillon travaille avec Sarko et il le connaît par cœur. En particulier sa propension à occuper tout l’espace et à pointer du doigt ses collaborateurs, notamment le premier d’entre eux, en cas de difficultés. Fusible ou paratonnerre, Fillon qui a déjà été accroché sur la TVA sociale, responsable d’avoir laissé quelques dizaines de députés UMP au tapis, sait qu’à terme rien ne lui sera épargné. De ce point de vue pas de changement institutionnel. Le pouvoir sera clairement à l’Elysée, qui tiendra tout le monde par la bride, et les emmerdements à Matignon. Peu de marges de manœuvre, comme à l’époque du tandem Giscard-Chirac qui n’en était pas un. Le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant voit d’ailleurs le chef du gouvernement en simple « chef d’état-major ». En réalité, le temps Fillon va démarrer avec son discours de politique générale, mardi 3 juillet à l’Assemblée, plaident les optimistes. S’il arrive à passer son train de lois durant l’été, le pari aura été gagné. Le paquet fiscal rebaptisé loi sur le travail et l’emploi, les peines-planchers, le service minimum... Déjà la polémique sur l’autonomie des universités semble s’apaiser. Les résultats sur l’économie ne seront perceptibles qu’en 2008 mais une dynamique aura été créée avant les municipales, que la gauche attend avec impatience pour se refaire une santé. Fillon aura alors sorti la société française de sa neurasthénie.

28.06.2007

La leçon de Fabius à la gazelle

Haro sur Ségolène ! La gazelle étant affaiblie, les éléphants chargent. Il faut dire que depuis sa défaite et probablement fragilisée par l’annonce de sa séparation, elle multiplie les impairs. Comme si la candidate socialiste était saisie par le vertige du vide. Du coup, repliée dans son Poitou-Charentes, Mme Royal donne le sentiment d’avoir fui le bureau national du PS et s’étant privée de tribune à l’Assemblée, elle laisse le champ libre aux ténors du parti qui ne la supportent pas. La charge de Laurent Fabius dans « le Monde » en est d’autant plus redoutable qu’il énonce quelques idées simples qui résistaient jusqu’alors à la propension de la candidate à la victimisation. Triple déficit de présidentialité, de crédibilité et de collégialité dit l’ancien Premier ministre. En clair, Ségolène Royal avait peut-être de bonnes intuitions mais n’a pas su les mettre en œuvre faute d’avoir joué trop perso à l’écart du parti. Nous étions pourtant disponibles, laisse entendre l’éléphant faussement suave. Ne soyons pas dupes : ils la méprisaient, elle les ignorait se privant du même coup de leur appui. Logique. D’autant que la rénovation idéologique qu’elle portait ne s’accommodait guère des vieux schémas des barons.
De ce point de vue on ne peut que saluer son courage et son réalisme. Mais était-il nécessaire d’en rajouter une couche, après la bataille sur le Smic et les 35 heures ? Ou d’attaquer les journalistes de l’AFP qui font leur travail avec beaucoup de conscience professionnelle après les avoir convoqués pour leur faire des confidences sur sa vie privée ? Un terrain sur lequel, elle reçoit régulièrement l’appui d’un Président particulièrement solidaire pour avoir subi les mêmes retours de bâton. Bref tandis que le verrouillage du parti s’organise, la présidente du Poitou-Charentes doit retrouver un semblant de sérénité et reconnaître qu’elle n’était pas sinon au niveau, du moins prête pour un tel combat.

27.06.2007

Comment contrer le Président ?

« Quand ils m’attendront ici, je serai déjà ailleurs » a coutume de dire Nicolas Sarkozy qui multiplie les chantiers pour brouiller les pistes. Le repli provisoire de l’Elysée sur l’autonomie des Universités, simple manière de reculer pour mieux sauter, pose la question de la méthode Sarkozy. Méthode qualifiée de « mauvaise » par François Hollande très doué pour laisser pourrir les situations. Mais le chef de l’Etat n’entend pas « donner du temps au temps » comme le préconisaient Mitterrand puis Chirac dans une gestion hiératique du pouvoir. En position de force du fait de sa légitimité récente acquise dans les urnes, le Président n’entend pas en abuser. Trop de gouvernements ont échoué par entêtement en voulant passer en force avant de céder sur le fil du rasoir. Le dernier en date étant celui de Dominique de Villepin en digne héritier d’Alain Juppé, sur le CPE. Une idée pourtant audacieuse reprise dans une formulation voisine par Ségolène Royal durant la campagne. Dans l’affaire des Universités, certains points d’achoppement peuvent être négociés entre hommes de bonne volonté, conscients qu’il faut avancer. Face à la mobilité du gouvernement qui veut aller vite et multiplie les fronts à l’instar d’une guerre de mouvement, le président du groupe parlementaire socialiste, Jean-Marc Ayrault, réélu à son poste dans un souci d’unité, a décidé de créer une sorte de « shadow cabinet » à l’anglaise. C’est-à-dire un cabinet de l’ombre qui se prépare à l’exercice de responsabilités futures avec une quinzaine de vice-présidents. Un signe de « blairisation » qui ne trompe pas, d’autant qu’Ayrault dément dans son interview au « Monde » toute tentation « d’opposition pavlovienne ». Reste une interrogation sur la marge de manœuvre de François Fillon amputée par la présidentialisation du régime. La fonction de premier ministre à laquelle Sarko impose de multiples replis tactiques depuis la définition d’une loi-cadre sur le service minimum a-t-elle disparu si l’on en croit les plus critiques ? Réponse lors de son discours de politique générale du 3 juillet prochain devant l’Assemblée que beaucoup estiment déjà sans objet.

26.06.2007

Un président à géométrie variable

Entouré d’une « dream team » (équipe de rêve) socialiste (Kouchner, Bockel, Jouyet), Nicolas Sarkozy fait preuve d’un activisme diplomatique à toute épreuve. Avant la présidentielle, il labourait l’Hexagone, qui était sa préoccupation immédiate, hormis quelques déplacements symboliques à l’étranger (Israël, Etats-Unis, Chine...). Désormais plus rien ne l’empêche d’occuper le champ planétaire. « The show must go on » (*). Objectif : être au centre du jeu et remettre la France dans le coup par la même occasion. Non pas que Chirac ait particulièrement démérité en la matière, car c’est plutôt sur la scène intérieure qu’il était absent. Mais le référendum européen faisait tache et nous avait marginalisés. Du G8 en Allemagne, on aura surtout retenu les tapes dans le dos du chef de l’Etat à Poutine, auquel il prêtait son portable. Curieux de la part d’un homme qui accusait récemment Chirac de lui « serrer la pogne ». Mais, avec Sarko, à chaque jour suffit sa peine et la moindre habileté est vite transformée en victoire. Ainsi, s’est-il attribué le mérite de l’accord du G8 sur le climat, où les Etats-Unis ont concédé une petite avancée aux Européens. Au sommet de Bruxelles, notre nouveau président, mouillant sa chemise comme à l’accoutumée, a réussi la quadrature du cercle.

S’exonérer du libéralisme à tous crins que craignent ceux qui avaient voté « non » à la Constitution européenne. Dispenser les Britanniques de la charte des droits fondamentaux, c’est-à-dire des minima sociaux dont la France a souvent plaidé la cause. Europe à deux vitesses comme l’ont constaté les grincheux ou président facilitateur à géométrie variable ? L’homme a pour principe de trouver toujours des solutions, car malgré les procès récurrents qu’on lui fait, Nicolas Sarkozy aime réconcilier tout le monde. C’est d’ailleurs le bon côté du personnage. Il le fait encore en attirant à Paris Condoleezza Rice, la secrétaire d’Etat américaine, les Chinois et les Russes, hormis les Africains, principaux intéressés et quelque peu oubliés en route. Et tout cela est bon pour la photo. Alors, qui s’en plaindrait ?

 * « Le spectacle continue ».

21.06.2007

Pédagogue ou prestidigitateur ?

Il ne s’est pas énervé quand PPDA l’a comparé à un petit garçon hilare au sortir d’un entretien avec Poutine au G8, selon une vidéo diffusée par la télévision belge. Le président Sarko reste le roi de la com’ et les postures hiératiques d’un Mitterrand, dont le rapprochent certains traits communs, n’entrent pas dans son registre. Il n’en reste pas moins un grand professionnel qui a repris la main après la relative déception du score réduit de l’UMP dimanche soir. Rappelant aux Français que beaucoup de dirigeants de pays européens, ayant dû se plier à des systèmes de coalition, lui enviaient sa majorité absolue. A commencer par Angela Merkel. Nicolas Sarkozy peut effectivement faire penser à un petit garçon si on le compare à la stature physique de ceux qui l’ont précédé comme De Gaulle, Giscard ou Chirac. Mais c’est un Mozart de la politique qu’une majorité de Français a porté au pouvoir pour faire bouger les lignes dans un pays vitrifié. Après un hommage à Alain Juppé, rejeté comme il l’a été si souvent, le président de la République n’a pas chargé son ancien ministre de l’Economie, Jean-Louis Borloo, débarqué en douceur de Bercy. Car Sarko évite d’humilier les autres et d’insulter l’avenir. Il a résumé son intervention d’une phrase, qui pourrait s’appliquer à lui : « Mon programme, c’est le travail ». Et qui peut dire aujourd’hui que l’université, dont il a fait un chantier présidentiel, n’est pas prioritaire ? Qui peut considérer que la fiscalité n’est pas en France quelque peu confiscatoire ? Que la TVA sociale, appliquée dans d’autres pays européens, mérite au moins une expérimentation ? Ou que le déficit de la Sécu impose des franchises médicales dont les syndicats devront discuter des modalités, voire de certaines exonérations ? Non, décidément, Nicolas Sarkozy n’a renoncé à rien, comme son discours de politique générale, hier, devant les députés UMP, l’a clairement indiqué. En un mot, et pour éviter les reproches de cadeaux fiscaux, il s’engage à revaloriser le pouvoir d’achat des travailleurs pauvres. Plus que la nomination de Jean-Marie Bockel, Rama Yade ou Fadela Amara, qui n’auront qu’un faible poids politique dans le dispositif gouvernemental, et dont la fonction est avant tout d’afficher une certaine diversité, c’est au respect de cette promesse que l’on jugera si l’homme est le grand pédagogue que n’était pas Chirac ou un petit prestidigitateur.

20.06.2007

Ouverture et virage libéral

Ca n’a pas traîné. Jean-Louis Borloo, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, a repris le poste désormais vacant d’Alain le maudit dont les Bordelais n’ont pas voulu. Sans doute l’écologie sera t-elle plus adaptée à cet esprit scintillant et anti-conformiste que les fonctionnaires de Bercy commençaient déjà à prendre en grippe.
Un impact purement cosmétique
Surtout, la nomination de Christine Lagarde au ministère des Finances secondée par Hervé Novelli comme secrétaire d’Etat, marque t-elle un virage libéral assumé qui ne correspondait pas au profil de Borloo. Rompue aux négociations internationales et issue du monde de l’entreprise, Mme Lagarde aura pour mission d’adapter le pays à la compétition internationale malgré ses faiblesses structurelles dont témoignent les mauvais résultats du commerce extérieur. Reste que les mesures de relance économique devront être financées et que la problématique de la TVA sociale, sur laquelle travaille le secrétaire d’Etat Eric Besson, ressurgira tôt ou tard. En réalité, Nicolas Sarkozy qui sera ce soir sur TF1 devra trancher un nœud gordien : un gouvernement de droite ne peut pas réussir s’il ne baisse pas les impôts et le nombre de fonctionnaires.
La théorie du fusible
Tous les jeux politiciens sur l’ouverture consistant à ramasser ici ou là des éclopés de la gauche apparaissent comme des rideaux de fumée pour habiller ce virage libéral. On a vu, dimanche soir, leur peu d’impact sur l’opinion. L’entrée au gouvernement de Jean-Marie Bockel, réputé « blairiste », s’ajoutant aux autres « débauchés » n’aura à terme qu’un impact purement cosmétique. Ce sont les résultats qui feront la différence. C’est pourquoi l’entourage du président entend limiter la portée de ce 2 e tour un peu décevant en forçant l’allure. L’idée de lancer des projets de lois en cascade comme autant de fumigènes, peut certes désorienter les oppositions et les empêcher de se cristalliser sur un sujet précis. Il n’empêche, c’est la cohérence du projet économique de François Fillon qui sera déterminante. Lequel, suivant l’exemple de son maître, a bien compris qu’il pouvait appliquer la théorie du fusible à ses ministres.
Par Hubert Coudurier

19.06.2007

Gouverner et communiquer

Au-delà de l’euphorie un peu forcée de la gauche, le score réduit de l’UMP au deuxième tour des législatives n’est pas sans vertu pour la droite. Tout d’abord, il va permettre à l’opposition de jouer son rôle au sein d’une institution parlementaire revigorée, ce qui n’était pas acquis compte tenu que le quinquennat aurait pu la réduire à une chambre d’enregistrement. Or, mieux vaut des débats vifs à l’Assemblée et des commissions d’enquête parlementaire à l’image du Congrès américain que cette tendance française à vider les affrontements idéologiques dans la rue, en court-circuitant les corps intermédiaires. Par ailleurs, ce signal qui vaut avertissement pour la droite va l’inciter à affiner son discours pour que la réforme profite à tous et ne se limite pas à quelques cadeaux fiscaux. « Les Français qui ont voté pour nous ne veulent pas qu’on soit prudents, sinon on les perdra » juge l’un des ministres du gouvernement Fillon. Il n’empêche, le cafouillage de la TVA sociale marque un bug de communication et pose le problème du maintien de Jean-Louis Borloo à Bercy. Elu sur un programme de baisse du poids de la fiscalité pour relancer l’économie, Nicolas Sarkozy peut-il envoyer des signaux contradictoires à l’opinion ? Au risque, comme on l’a vu, de démobiliser son camp et de copier son comportement sur celui de Jacques Chirac trahissant ses promesses de campagne, à peine arrivé à l’Elysée.
Enfin, bon nombre de jeunes pousses de l’UMP se sont révélées trop tendres pour affronter le camp adverse soit dans leur circonscription, soit sur les plateaux de télévision. Les nouveaux secrétaires d’Etat devront donc être à la fois des hommes ou des femmes de terrain et de communication, à l’image des députés Yves Jego, Luc Chatel, Nadine Morano ou Renaud Dutreil (sur lequel Fillon a mis un veto). Reste que sa séparation officialisée avec François Hollande affaiblit Ségolène Royal, plus en défense qu’en initiative dans son projet de conquête du PS qui risque fort de se refermer sur lui-même et de figer la situation après avoir sauvé les meubles. Quitte à empêcher la modernisation de la société française.

18.06.2007

Une majorité pour agir

Grisé par sa très belle élection à la présidentielle, Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas fait une erreur tactique ? En célébrant avant l’heure les vertus de l’ouverture qui apparaissait comme une manière d’asphyxier l’opposition, le président de la République aurait, paradoxalement, remobilisé le camp adverse et démobilisé le sien. A moins que la TVA sociale, habilement agitée par les socialistes qui l’avaient initialement envisagée (sur proposition de Dominique Strauss-Kahn), ait eu un effet dissuasif qui pourrait condamner sa mise en œuvre à terme.
Fillon décidé à aller vite
Quoi qu’il en soit, on n’est pas loin d’un phénomène de même nature que François Mitterrand en 1988, incitant les électeurs à ne pas lui donner de majorité absolue. Sauf que la comparaison s’arrête là car l’UMP disposera bel et bien d’une très confortable majorité absolue dans la nouvelle assemblée. Le soulagement des socialistes, qui ne sortent pas laminés de ce scrutin, ne doit pas faire oublier que les Français se sont clairement exprimés en faveur d’un projet visant à moderniser le pays. Telle est désormais la priorité. Après une longue campagne présidentielle et législative, la feuille de route du gouvernement, qui devrait s’enrichir de quelques secrétaires d’État, est désormais connue.
Paquet fiscal, service minimum, réforme des régimes spéciaux, autonomie des universités, le chef du gouvernement François Fillon est décidé à aller vite. Ragaillardis par l’atténuation de leur défaite, les socialistes triomphaient hier soir comme s’ils avaient gagné l’élection. Autant dire que le chef de l’État, qui devrait intervenir cette semaine, ne doit pas gâcher son état de grâce en tergiversant.
Mouvement contre l’immobilisme
Personne ne peut lui contester sa volonté de respecter l’opposition. Affichée d’emblée, même si cela lui a coûté quelques dizaines de sièges
(*), elle impose à la gauche de se moderniser et de ne pas se perdre en querelles stériles. La France demeure une terre d’équilibre, comme nos concitoyens, soucieux d’instaurer des contre-pouvoirs, l’ont une nouvelle fois démontré. Ils n’en ont pas moins choisi le mouvement contre l’immobilisme. *En 2002, Jacques Chirac avait été élu par plus de 80 % des Français.

14.06.2007

Un Premier ministre en chef de majorité

Celui qui s’était autoproclamé directeur de campagne de Nicolas Sarkozy pour compenser une blessure d’amour-propre somme toute assez banale, il n’avait pas été renouvelé dans le gouvernement Villepin, n’entend pas se contenter désormais d’être le directeur de cabinet du nouveau président de la République. Une telle posture était réservée à Jean-Pierre Raffarin qui se prosternait régulièrement devant Jacques Chirac. Plus pugnace, François Fillon veut exister mais la présidentialisation du régime, qui vide le Parlement de son rôle, l’oblige à composer. Face à un hyper-président qui n’hésite pas à recevoir les syndicats et à désavouer ses ministres quand ça l’arrange, Fillon se veut un chef de la majorité combatif. Le président Sarko se montre consensuel, maniant habilement l’ouverture au point que ses fidèles, qui rêvaient d’un secrétariat d’Etat après le second tour, commencent à déchanter : « Il n’y en aura que pour la gauche, les femmes et la diversité », glisse l’un d’entre eux, avec un peu d’amertume. Le Premier ministre tape, lui, à bras raccourcis contre l’adversaire, après des décennies de soumission de la droite à l’idéologie dominante. Le 4 juin à Lyon, il dénonçait « l’imposture morale » de la gauche, et le 12 à Nancy, il stigmatisait « les vieilles stratégies déglinguées » n’ayant pour objectif, selon lui, que d’enrayer « une dynamique qui lui échappe ». Fillon, qui sera ce soir en meeting à la Porte de Versailles, force donc le trait pour rassembler son camp et semble se satisfaire de son sort en estimant que la présidence arbitrale à la Chirac relève du passé tout en étant responsable du déclin du pays. Viendra ensuite un temps où l’activisme du président et les contradictions de ses postures successives deviendront difficiles à gérer pour Matignon. Présidentialisation ou pas, le fusible n’a pas complètement disparu même si le chef du gouvernement se verrait volontiers cinq ans à son poste.

Hollande-Royal tandem en perdition

La mode étant aux « coachs », on pourrait conseiller au couple Hollande-Royal d'en prendre un pour harmoniser ses positions. N'en déplaise à Manuel Valls qui exprime son agacement de voir la politique de son parti « tourner autour de la vie d'un couple », le problème c'est que ce tandem naguère si fécond ne semble plus en être un. Quand Ségolène Royal affirme que chacun a son autonomie, elle ne saurait mieux dire. Tout semble désormais opposer la dame blanche et son mentor, donnant clairement l'image d'un parti à deux têtes, même si le bureau national les a renvoyés dos à dos. Sans doute François Hollande a-t-il eu tort d'annoncer prématurément son départ du poste de premier secrétaire, fragilisant sa position. D'autant que le Congrès n'est prévu qu'en novembre 2008. De même se montre-t-il trop sûr de lui en privilégiant l'appel aux électeurs du MoDem tout en négligeant, contrairement à Ségolène Royal, François Bayrou. Lequel n'entend pas se faire piéger deux fois. Plus habile, Nicolas Sarkozy tend la main à son adversaire au bord du dépôt de bilan en retirant la candidature UMP dans sa circonscription. Par son attitude, Hollande semble condamner l'ouverture au centre pourtant indispensable au PS qui n'a plus de réserve de voix à gauche. Pour sa part, Ségolène Royal a décidé d'empiéter sur la campagne des législatives sans être pour autant candidate. Peur de se faire oublier malgré la légitimité que lui confère son score à la présidentielle ? Ou volonté de marginaliser le premier secrétaire et de lui faire payer le prix de son échec ? Une chose est sûre. Ses attaques répétées contre les médias qui visent sans doute à remobiliser son électorat se retourneront contre elle. Surtout quand elles visent une chaîne de service public et son présentateur vedette David Pujadas qui n'appartiennent pas précisément aux conglomérats industriels que l'on dit proches du président de la République (*). On l'a vu lors du débat télévisé, un peu de douceur ne nuit pas. * Arlette Chabot, directrice de l'information de France 2, a estimé hier que le reportage sur l'élection législative dans la 2 e circonscription de Gironde, critiqué par Ségolène Royal, était « irréprochable » et respectait l'égalité entre les candidats. Dans une lettre ouverte à Ségolène Royal, la Société des Journalistes (SDJ) de France 2 a qualifié ses propos d'« attaque insultante ».

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