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31.05.2007

Questions sur l’ami du président

Selon EADS, la conversation que Raymond Levy, président du Conseil de surveillance du groupe Lagardère, aurait eu avec l’un des responsables d’Airbus sur les retards de fabrication du dernier né de la gamme, serait postérieure à la vente des actions du groupe par les Lagardère’s boys (outre Arnaud, Noël Forgeard, Jean-Paul Gut). La saisie par la justice du carnet de l’ancien président de Renault ne serait donc pas la preuve d’un délit d’initié, réalisé avant une chute inévitable de la cote en bourse. « C’est un vrai scandale que Lagardère ait vendu 7,5 % de ses actions en avril et que l’on découvre en juin que l’A380 aurait deux ans de retard. Ils savaient tous, comme les gens de Daimler, que le cours allait s’écrouler » estime pourtant l’un des dirigeants du groupe. En réalité, EADS traverse de sérieuses turbulences depuis que son co-président, Arnaud Lagardère, a accepté, pour complaire au président Jacques Chirac, de démissionner Philippe Camus de la co-gérance avec les Allemands, afin d’y placer son protégé, Noël Forgeard. A l’époque, Nicolas Sarkozy, qui conseillait Arnaud Lagardère, aurait expliqué à Camus : « On ne peut pas toujours s’opposer au président, mais la République te donnera tout ce que tu veux. » « Je n’en veux pas de ta République » aurait répliqué Camus. Ce fut ensuite la saga de l’affaire Clearstream, qui éclaboussa Sarko et Villepin, et mit en lumière des liens incestueux, quasiment à la coréenne, entre la politique et l’industrie. Vinrent enfin les multiples interventions d’Arnaud Lagardère auprès de ses rédactions, toujours pour plaire mais, cette fois, à son « frère » Nicolas, qualifié de la sorte lors d’un séminaire du groupe auquel il participait : de la couverture de « Match » sur Cécilia à New York, qui entraîna l’éviction du directeur Alain Genestar, à l’intervention auprès du JDD pour caviarder un papier selon lequel la « First Lady » n’aurait pas voté. Voilà comment, à trop mélanger la politique et les affaires, un grand patron que l’on accuse de ne s’intéresser qu’au sport et sûrement pas à l’aéronautique, risque peu à peu de perdre sa crédibilité.

30.05.2007

Point de vue. Le pragmatisme présidentiel

Nicolas Sarkozy veut une majorité pour accomplir ses réformes et il mouille à nouveau sa chemise pour l’obtenir. Tel est le sens de son meeting au Havre et du rappel que Giscard et Mitterrand firent de même pour justifier sa démarche. On pourrait en effet lui reprocher d’anéantir sa stratégie d’ouverture unanimement saluée, en clivant à nouveau l’espace politique au profit de son camp. Mais son état de grâce est tel que le risque paraît minime. Tout comme le recadrage des propos de son Premier ministre sur le service minimum, qui le place en première ligne.
Pour l’heure, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a tenu des propos plutôt conciliants en sortant de l’Elysée. Mais le chef de l’Etat ne risque-t-il pas de redécouvrir les vertus du fusible quand l’hiver sera venu, avec son cortège de mécontentements sociaux ? On le savait mais on en a la confirmation : le sarkozysme reste avant tout un pragmatisme fait d’adaptations au réel et de recadrages permanents, selon les nécessités de l’heure. La Turquie en est un nouvel exemple. Pour ne pas obérer les chances de son traité a minima qui vise à réinserer la France dans le jeu européen, le président Sarkozy temporise sur son veto à l’entrée d’Ankara dans l’espace communautaire, dont il souhaite avec nos partenaires la redéfinition.
Même chose pour le contrat unique dont la négociation est repoussée en 2008. Un pas en avant, deux pas en arrière, au moins ne pourra-t-on pas lui reprocher de passer en force comme Dominique de Villepin. Certes, Ségolène Royal force carrément le trait en l’accusant de ne pas tenir ses promesses car nous n’en sommes pas tout de même pas à l’heure des bilans. Reste que le président a tant promis de ne pas décevoir qu’une obligation de résultat s’impose à lui. Sinon, la rupture qu’il voulait incarner s’éloignera comme l’horizon au fur et à mesure qu’il voudra s’en rapprocher.

25.05.2007

Kouchner, du bon usage de la gesticulation

Alors que la politique étrangère avait disparu du paysage lors de la campagne électorale - ce n’était pas une priorité pour les Français - elle revient sur le devant de la scène. Avec, d’un côté, le Président qui tente de remettre la France en Europe après le rejet du traité constitutionnel l’ayant marginalisé. Et, de l’autre, son ministre des Affaires étrangères qui parade à Beyrouth. Autant dire qu’entre le petit pays du Cèdre et l’enjeu européen, il n’y a pas photo. Le Liban est un tel sac d’embrouilles qu’il n’y a que des coups à prendre. Sauf que Jacques Chirac a refilé la patate chaude à Nicolas Sarkozy, en lui léguant son rôle de protecteur de la famille Hariri, avant d’aller s’installer chez elle. Ce qui n’est à la fois ni très malin ni très productif que d’aligner notre diplomatie sur un clan libanais, au risque d’être juge et partie dans les luttes interconfessionnelles. Surtout avec un fort contingent français sur place qui risque d’être la victime d’attentats téléguidés par la Syrie. Laquelle ne supporte pas que Paris ait la tentation de l’évincer définitivement de son ancien protectorat en appelant, avec Washington, à l’installation d’un tribunal international pour juger les assassins de Rafic Hariri.
Quoi qu’il en soit, Bernard Kouchner est venu assurer le premier ministre Siniora de notre solidarité. Que pouvons-nous faire pour conjurer la guerre civile dans ce pays ? Pas grand-chose. Chirac avait fait du Liban notre porte d’entrée sur le Proche-Orient, mais est-ce toujours la priorité du moment ? Sans contester la nomination de Kouchner qui correspond au glissement de la diplomatie traditionnelle vers la « public diplomacy » incluant le rôle des ONG, tout cela ressemble fort à de la gesticulation médiatique. Elle vise à préserver les apparences d’un pays qui croit encore peser sur la marche du monde. Heureusement, Kouchner se passionne pour ce qu’il fait, même si le Quai d’Orsay risque fort d’être dépecé entre le Conseil de Sécurité du chef de l’Etat et le ministère de l’Identité nationale qui souhaite récupérer la coopération pour faire du co-développement.

24.05.2007

Le centrisme est-il mort ?

A 7 h 30 du matin, à la veille de la constitution du gouvernement, Philippe Douste-Blazy débarque à Matignon, bien décidé à obtenir un portefeuille. La veille, il a vu le président Sarkozy, qui lui a confié : « Ça se jouera entre Bachelot et toi. Vois ça avec Fillon. » Lequel, à bout d'arguments, finit par le congédier en lui lançant : « Je t'emmerde ! » Un peu à la manière dont il avait lui-même été traité par son prédécesseur, Dominique de Villepin. Bref, le Premier ministre s'est fait un ennemi à mort que Sarkozy, plus pro, va ménager avec des petits mots affectueux et sans doute un poste de conseiller à l'Elysée. Mais au-delà du cas Douste, la question est de savoir si, malgré le score de Bayrou au premier tour, le chef de l'Etat, dont nous affirmions qu'il saurait gouverner au centre, ne va pas tuer le centrisme par sa stratégie d'ouverture. Car il n'y a pas que les libéraux, tel Claude Goasguen, qui grognent. Les centristes historiques intégrés à l'UMP, comme Pierre Méhaignerie, s'indignent de voir que leur sensibilité n'est pas représentée au gouvernement. Hormis par les ralliés de la dernière heure dont la figure emblématique est Hervé Morin, président du groupe UDF, promu ministre de la Défense. L'Ouest n'est pas une terre d'élection pour le nouveau président, qui préfère d'ailleurs la Corse et la Côte d'Azur. Pierre Méhaignerie peut-il envisager des convergences pour l'avenir avec Dominique Strauss-Kahn si ce dernier parvenait à établir son leadership sur le PS, ce qui n'est pas gagné ? De surcroît, cette figure historique du centrisme breton, qui préside la Commission des Affaires économiques de l'Assemblée, aura-t-elle l'audace de se présenter à la présidence de l'Assemblée pour laquelle l'actuel titulaire, Patrick Ollier, et le président du groupe UMP, Bernard Accoyer, sont déjà en lice ? A l'heure où le MoDem lance sa campagne des législatives avec un président Bayrou plus isolé que jamais pour ne pas avoir su choisir, Nicolas Sarkozy est en passe de liquider les centristes. Jacques Chirac avait fait preuve à leur égard de plus de mansuétude.

23.05.2007

La droite a le vent en poupe

En déplacement à Dunkerque, Nicolas Sarkozy s’est clairement démarqué de la présidence arbitrale de ses prédécesseurs en estimant qu’il avait été élu pour faire bouger les lignes. Et pas pour se contenter de gérer les crises internationales à la manière d’un Chirac. Lequel semblait obnubilé par son domaine réservé au point d’en oublier parfois les affaires de la France ayant occupé l’essentiel de la campagne électorale. Reste que cette volonté clairement affichée de ne pas demeurer sur son petit nuage élyséen le condamne à une obligation de résultat car les Français n’ont pas la mémoire courte. Certes, pour l’heure, la droite a le vent en poupe et se sent suffisamment forte en réinstaurant le cumul des mandats. Il n’est d’ailleurs pas absurde de cumuler un portefeuille et une municipalité, gage d’enracinement local. Et, à force d’autoflagellation et de renoncement, les hommes politiques avaient perdu toute crédibilité. Reste qu’en réunissant les parlementaires à Matignon pour souligner le triomphe des valeurs de droite, François Fillon doit prendre garde à ne pas tomber dans l’autosatisfaction qui peut entraîner des retours de bâton. Pour l’heure, pas de danger, même les socialistes semblent avoir intériorisé leur défaite et intégré l’idée d’une vague bleue.
Sauf peut-être en Bretagne où les questions d’immigration et d’identité nationale ne semblent guère pertinentes. Mais l’ouverture, qualifiée de débauchage par les socialistes, a semé le trouble dans leurs rangs. Déchiré par ses rivalités internes, le PS ne semble guère en ordre de bataille même s’il a l’ambition d’être un contre-pouvoir. Entre DSK qui évoque le risque d’un parti de « vieux croûtons » et tape à bras raccourcis sur Hollande, Fabius qui persiste à voir dans la « droitisation » de la société « un phénomène superficiel », et Royal repliée sur son Poitou-Charentes, on ne distingue guère les lignes de force d’une quelconque dynamique. Sans parler de l’effondrement de la gauche plurielle avec l’attitude suicidaire des Verts qui ont refusé la main tendue du PS. Qu’il soit ou non l’homme d’un camp, le président Sarkozy a le champ libre.

22.05.2007

La force du désir

Il se baigne (contrairement à son prédécesseur qui ne mettait pas un orteil dans l'eau), il court mais pas seulement en jogging, d'une ville à l'autre, la semaine passée à Berlin puis Toulouse, aujourd'hui à Dunkerque, demain à Bruxelles, il embrasse sa femme en public, sur les lèvres, et lui concède un rôle sur les nominations à la tête de l'Etat, auquel ni Bernadette Chirac ni Hillary Clinton - aux Etats-Unis - ne pouvaient prétendre. Il ose nommer au Quai d'Orsay Bernard Kouchner que les socialistes tenaient en lisière parce que trop indépendant et trop populaire. Mais il propulse également Rachida Dati à une fonction à laquelle seule une aristocratie du pouvoir était jusqu'alors destinée. Il reçoit les syndicats avant même la cérémonie d'investiture et va jusqu'à tourner la tête du radical Jean-Michel Baylet qui envisage sur ses conseils de réunir sa famille avant de reculer sur la pression de ses amis. Au-delà de la présidentialisation du régime et d'une « pipolisation » évidente, Nicolas Sarkozy est tellement vivant qu'il nous donne déjà le tournis, secouant cette vieille démocratie française jusqu'alors dirigée par des hommes chenus qui aimaient « donner du temps au temps ». Des humanistes bon teint, cultivés mais déjà fatigués à l'image d'un pays que l'on pouvait croire atteint d'une crise de langueur. Le président Sarko réinjecte ainsi du tonus à l'action publique, sans états d'âme, bien décidé à profiter de son état de grâce pour accomplir des réformes qui n'ont que trop tardé. Ses adversaires le regardent passer comme une locomotive, d'un air un peu sidéré tels des adultes face à la vitalité des enfants qui les débordent. Alors bien sûr, les choses sont plus compliquées et de multiples contre-pouvoirs sauront canaliser l'énergie débordante de cet éternel adolescent. Il le sait et, avec une habileté non dénuée de perversité, trouvera des chemins de traverse pour parvenir à ses fins. Car la force du désir s'impose à ceux qui n'en ont pas. Au risque de la perpétuelle fuite en avant.

20.05.2007

Festival de Cannes. Business et paillettes

Avant d’embarquer dans l’avion Paris-Nice, Michel Drucker reconnaît, dans la foule des passagers, l’acteur Jean-Claude Van Damme, spécialiste des films de karaté. Les deux hommes se congratulent. Venu au 60 e festival présenter son émission « Tenue de Soirée », l’animateur de France 2 participe du spectacle cannois où coexistent, sans vraiment se voir, badauds et stars. Lesquelles se réfugient pour beaucoup à l’hôtel Eden Roc d’Antibes, moins exposé que Le Carlton ou Le Majestic sur la Croisette, loin des paparazzi qui n’hésitent pas à louer des bateaux gonflables afin de les pister.
Le rôle essentiel de Canal Plus
Même si la télévision diffuse aujourd’hui de plus en plus de séries, l’industrie du cinéma lui est encore redevable d’avoir financé son développement. Particulièrement en France où Canal Plus aura joué un rôle essentiel. La chaîne cryptée, dont le P-DG Bertrand Méheut assistait, jeudi soir, à la projection de « Zodiac », l’histoire d’un tueur en série dans les années 70, en Californie, réalisée par David Fincher, auteur de « Seven ». Canal Plus dépense plusieurs millions d’euros à Cannes et organisait, cette année encore, sa grande fête, sur les hauteurs de la ville, à laquelle tous les « happy few » du festival se bousculaient pour croiser, entre autres, David Lynch et Gong Lee. Car le 60 e festival est devenu plus que jamais un lieu de rencontres triées sur le volet, auquel participait cette année, signe des temps, le patron de la CGT Bernard Thibault. La moindre projection suppose un badge dont la couleur permet de canaliser les journalistes par ordre d’importance. Les plages constituent désormais un espace privatif envahi de restaurants gardés par des cerbères soupçonneux qui veillent sur la tranquillité des starlettes ou des producteurs venus conclure leurs contrats. Parmi eux, le Breton Patrick Godeau, producteur de « Camping » (cinq millions d’entrées) et des films de Chabrol (notamment sur l’affaire Elf) dont le dernier né vient d’être sélectionné pour Venise.
Symbole de la mondialisation
On oublie souvent que Cannes fut créé en 1939 par un fonctionnaire du Quai d’Orsay, sous le parrainage de Louis Lumière, pour contrer le Festival de Venise lancé par Mussolini. Interrompu durant la guerre, Cannes se relance en 1946 mais à l’époque sous tutelle publique, chaque pays présentant son film dans une démarche quasi diplomatique. Robert Favre-Lebret, le premier président, et Gilles Jacob, son délégué général, obtiendront finalement de procéder par eux-mêmes à la sélection, transformant le festival en un grand marché des images et devenant ainsi le symbole de la mondialisation singulièrement américaine. Mais pas seulement, comme en témoigne l’arrivée en force du cinéma indien de Bollywood.
Une rampe de lancement
Au-delà du sponsoring des marques et du business entourant l’événement cannois, le festival, avec ses 3.000 journalistes, demeure une formidable rampe de lancement pour les films, comme on a pu l’observer l’an dernier avec le « Da Vinci Code ». Cette année, « My Blueberry Nights », du réalisateur de Hong- Kong, Wong Kar-Waï, tourné pour la première fois en anglais, réunit tous les ingrédients d’un succès planétaire. À savoir une gentille bluette racontant la rupture amoureuse d’une jeune fille (Norah Jones), avec Jude Law, quittant New York pour Memphis où elle rencontrera un flic alcoolique, lui aussi abandonné par sa femme. Tout comme le film ddes frères Coen, présenté samedi soir, qui se passe à la frontière séparant le Texas du Mexique où les trafiquants de drogue ont remplacé les voleurs de bétail. Tiré d’un roman de Corman Marc Carthy, « No country for old men », une légende de la littérature américaine contemporaine, est une réflexion sur la violence des temps modernes autour de la figure traditionnelle du shérif, incarné par Tommy Lee Jones. Dans un autre genre, Michael Moore, le féroce critique des années Bush, était venu à Cannes pour « Sicko », son nouveau documentaire sur les dérives de la Sécu américaine.
Des acteurs engagés
Autre production américaine très attendue : « Ocean’s 13 », avec George Clooney et Brad Pitt (après « Ocean’s 11 » et « Ocean’s 12 »), dont l’action se déroule à nouveau à Las Vegas et en présence, cette fois, d’Al Pacino qui fait sa première apparition. Nul doute que les deux principaux acteurs, très engagés dans la cause humanitaire du Darfour, se servent de Cannes comme d’une caisse de résonance. Ils ne sont pas les seuls : Leonardo DiCaprio ne présentait-il pas, hier, « La 11 e Heure, Le Dernier Virage », son documentaire sur le réchauffement climatique ? Confronté au déferlement du show-biz, le cinéma d’auteur, qui était à l’origine la vocation de Cannes, a bien du mal à surnager dans les eaux de la baie.

17.05.2007

La génération Sarkozy

Dans notre rapport névrotique au pouvoir, le couple présidentiel c’est comme une figure parentale au sommet de la France. Sauf qu’avec le départ des Chirac et l’arrivée des Sarkozy, les parents cèdent la place aux enfants. Ou du moins à ceux de ma génération. Preuve que nous vieillissons. Nous n’aurons pas la cruauté de nous réjouir du départ des anciens, mais il était temps de rajeunir les cadres. Même si Chichi et Bernie étaient devenus indémodables à force de faire partie des meubles de la République. Au risque de s’incruster avec la seule ambition de durer. Lors de l’installation des Clinton à la Maison Blanche, toute la flower génération, celle des hippies, s’était reconnue en eux. En ira-t-il de même pour la famille Sarkozy dont l’aréopage recomposé hésitait, hier, entre le Festival de Cannes et le Rocher de Monaco ? Telle est l’ambition de Nicolas Sarkozy dont l’apparence new-look peut dépoussiérer la fonction présidentielle sans en modifier substantiellement l’essence. « Il est allé à son tour sur le terrain de l’homme en charge de l’essentiel qui doit tenir en main tous les fils de l’écheveau national et social », nous confiait, hier, un chiraquien. Giscard avait son style pédagogue et rationnel, Mitterrand était plus littéraire et florentin, quant à Chirac, il faisait toujours officier de cavalerie un peu raide et au verbe pauvre. Sarkozy l’avocat entend bien utiliser son aisance oratoire pour convaincre et agir. Il se rapprocherait presque d’un Mitterrand (de droite) avec son talent pour faire l’acteur et embrouiller son monde comme le montre la très probable nomination de Bernard Kouchner au Quai d’Orsay. L’ancien confident du président socialiste, Georges-Marc Benamou, a d’ailleurs rejoint l’Élysée au moment où Cécilia, qui promet d’être une dame d’influence, éjectait quelques compagnons de route qui s’y voyaient déjà. Reste que c’est aux actes plus qu’aux mots qu’on jugera l’homme. Car les discours ne trompent plus personne.

16.05.2007

Un pape de transition

« Le quinquennat de Chirac, on en retirera pas grand-chose. Qu’est-ce qu’il a fait ? Quand vous êtes président de la République, vous n’êtes pas là uniquement pour dire aux Français de se repentir », estime Charles Pasqua dans ses mémoires de compagnon de route (1). Sans doute la manière dont la probité de son lieutenant Jean-Charles Marchiani a été mise en cause n’est pas pour rien dans le jugement acerbe de l’ancien vendeur de pastis qui, devenu ministre de l’Intérieur, voulait « terroriser les terroristes ». Mais, objectivement, le bilan de ces douze ans dont cinq en cohabitation, apparaît bien maigrelet. Hormis la création du Musée des arts premiers et de France 24, la chaîne internationale, Jacques Chirac peut se targuer d’avoir professionnalisé l’armée française, fait baisser le nombre de morts sur les routes, et effectué une demi-réforme des retraites avant de licencier son maître d’œuvre, François Fillon. Accordons-lui aussi une action résolue dans le domaine du logement social conduite par Jean-Louis Borloo pour remédier à son diagnostic de 1995 sur la fracture sociale. Sans oublier une politique étrangère active dont le coup d’éclat restera le refus de suivre les Américains en Irak, intuition dont on peut aujourd’hui se féliciter. Pour le reste, Jacques Chirac aura constamment réaffirmé les principes républicains en refusant notamment le principe de la discrimination positive. Tout en se livrant à une gestion compassionnelle de chaque instant, qui est apparue comme le revers de ce qu’un universitaire qualifie de « gaullisme de l’impuissance ». Dévoilant sur le tard sa vraie nature de « rad-soc », le président aura cumulé les avantages et les inconvénients d’exercer la magistrature suprême à un âge avancé, évitant au pays des aventures inconsidérées, gérant les émeutes urbaines avec humanité, mais manquant de dynamisme dans sa volonté d’empoigner les problèmes à bras-le-corps. Comme si cet héritier des « Trente glorieuses » n’avait pas pris la mesure des mutations imposées par la mondialisation. Toutefois, malgré l’echec du référendum européen ayant assombri la fin de son dernier mandat, Chirac aura réussi sa sortie et laissera l’image d’un pape de transition entre deux époques. (1) Charles Pasqua. « Ce que je sais » (Les atrides 1974-1988). Le Seuil. 19 euros

11.05.2007

Sarkozy ou la nécessaire synthèse

On n’échappe pas au sillon creusé par ses prédécesseurs. Après avoir, à juste titre, stigmatisé l’excès de repentance qui accable parfois notre pays, le président Sarkozy dont le Conseil constitutionnel vient d’entériner l’élection, a participé au côté de Jacques Chirac à la commémoration de l’abolition de l’esclavage. Sage décision. Il est des cérémonies symboliques auxquelles on ne peut se soustraire tant la sensibilité de certaines communautés est à fleur de peau. Nicolas Sarkozy le sait bien, qui prôna, un temps, la discrimination positive avant que Chirac ne l’incite à lever le pied. Lequel lui a légué l’épineux dossier libanais avec la volonté d’aboutir à la constitution d’un tribunal international pour juger les assassins de son ami Rafic Hariri. Quand on évoque devant lui la « vengeance » de Chirac telle qu’en parlent les pays du Proche-Orient en la jugeant totalement contre-productive pour la diplomatie française, il manque de s’étrangler : « Quelle vengeance que de vouloir traduire en justice des meurtriers ? ». Preuve que l’homme n’est pas toujours aussi cynique que le pensent ses adversaires qui le caricaturent en Berlusconi. Peut-être est-il même parfois beaucoup plus naïf qu’on l’imagine.
 
Ainsi ne pensait-il pas être « pisté » de la sorte dans sa croisière méditerranéenne pour laquelle on l’accuse d’avoir affiché un luxe ostentatoire. Reste qu’au-delà de cette polémique qui n’a pas fini de rebondir sur le style de l’homme, chacun guette la formation du nouveau gouvernement afin de décrypter les nouvelles tendances du régime en formation. Quels seront les hommes ou les femmes de l’ouverture ? Les fidèles seront-ils mis sur la touche au nom de la compétence et des nécessités du moment. « La fidélité et la compétence ne sont pas antinomiques », glisse-t-on dans l’entourage de Brice Hortefeux (voir son interview par Philippe Reinhard) qui craint de voir lui échapper le ministère de l’Intérieur que lui avait quasiment promis son ami de trente ans. S’il n’est pas capable de faire la synthèse entre le passé et l’avenir, le nouveau président aura du mal à créer les conditions de la confiance.

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