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27.04.2007

Débats et manipulation

On peut parfois reprocher aux médias régionaux un certain manque de réactivité face à l’ébullition parisienne mais sûrement pas d’être sous influence. L’époque d’une presse de notables est bel et bien révolue. Aussi les accusations de Ségolène Royal sur des pressions qui auraient empêché le Syndicat de la presse quotidienne régionale (SPQR) de tenir un débat avec François Bayrou dans nos locaux étaient-elles au mieux fantaisistes, au pire insultantes. L’interview des deux finalistes étant prévue ce matin de longue date, l’ordonnancement d’un débat complémentaire supposait un minimum de préparation mais aucune opposition de principe n’était mise à une telle rencontre. Certes, il y a quelque chose d’un peu surréaliste dans ce débat Royal-Bayrou, par lequel le président de l’UDF entend perturber le second tour et les législatives qui suivront.

Tandis que Ségolène Royal, en quête d’alliances et de soutiens, se bat bec et ongles avec une étonnante détermination, instrumentalisant les uns et les autres au gré des circonstances. Tous les coups sont permis et François Bayrou a implicitement affiché sa préférence en critiquant ouvertement Nicolas Sarkozy. Bousculant son parti pour une alliance au centre qu’elle démentait la semaine précédente, quand Michel Rocard en faisait la suggestion, s’affichant avec Dominique Strauss-Kahn, le seul à pouvoir crédibiliser un programme social-démocrate qui tienne la route, la candidate socialiste resserre l’écart avec celui de l’UMP, désormais sur la défensive. On objectera que ses méthodes sont peu orthodoxes, que l’esprit des institutions apparaît quelque peu dénaturé. Mais à l’heure où Sarko se voit déjà à l’Elysée, l’agitation socialo-centriste qui consiste à faire du « buzz », selon un terme à la mode, entretient le suspense. A dix jours du second tour, rien n’est joué.

 

26.04.2007

Bayrou ou le chant du cygne

Pour ceux qui ont voté Bayrou, le score du président de l’UDF est à la fois une satisfaction et une impasse. Satisfaction de voir réaffirmer un certain nombre de grands principes qui doivent guider l’action publique. En particulier, le refus des menaces et de la gesticulation aux plus hautes fonctions de l’Etat. Méfiance aussi à l’égard des conglomérats financiers qui veulent imposer leur loi, en particulier dans le domaine de l’information où nous prétendons conserver notre indépendance. Mais aussi rejet des attitudes irresponsables qui ont contribué à faire croître l’endettement dans des proportions astronomiques. En clair : non à l’exercice du pouvoir d’une droite antérieure au gaullisme qui voudrait tout accaparer et refuserait le partage et la redistribution. Et non à une gauche amateuriste qui promettrait tout et n’importe quoi au risque d’engendrer des désillusions analogues à la fin de l’ère Mitterrand. Reste que ce prince florentin fut précisément un adepte du ni-ni ayant abouti à une certaine confusion des valeurs. Et qu’il convient aujourd’hui de faire un choix. Car l’élimination de Bayrou, dont la conférence de presse ressemblait hier au chant du cygne malgré son talent pour occuper le terrain (*), laisse des orphelins face au choix du second tour.
En effet, le scrutin majoritaire est un formidable laminoir. Que le président de l’UDF réussisse à constituer son parti démocrate, que sa menace d’organiser partout des triangulaires lui permette de sauver les députés qui ne veulent pas rallier l’UMP, qu’il prive le président élu d’une majorité absolue, est une chose. Pour autant, cela ne dit pas aux centristes pour qui voter. À moins que sa charge contre le président de l’UMP soit interprétée comme une entrée en force dans le front anti-Sarko. Il est vrai que contrairement à la main tendue de Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy semble être dans la position du conquérant qui n’a plus besoin de personne. Plus professionnel mais dangereux pour les libertés publiques : tel semble être le message d’un Bayrou entré en résistance. Il y a dans ce discours une part de nostalgie de ce qu’était le rêve français que Sarko nous promet de remettre à l’ordre du jour malgré un certain scepticisme.
* Il est tout de même assez curieux de voir un candidat éliminé dès le premier tour participer à un débat avec une candidate qualifiée pour le second.

24.04.2007

Un débat révélateur des caractères

Le 22 avril 2007 va donc permettre le débat droite-gauche qui avait été évité le 21 avril 2002. Forte participation, marginalisation des extrêmes, bipolarisation marquée en dépit d’un espace qui s’est ouvert au centre : le printemps apparaît de meilleur augure que cinq ans auparavant. Il était temps de sortir de cette morosité française que ne justifiaient pas les fondamentaux d’un pays glissant imperceptiblement vers une sorte d’ivresse de l’abandon. Le référendum européen avait été un nouveau coup porté au moral des Français que le Président n’avait pas su convaincre.
Du sens là où Chirac semblait absent
A n’en pas douter, le succès de Nicolas Sarkozy qui tourne la page des années Chirac, c’est aussi celui d’un homme ayant suppléé à la pauvreté de la parole présidentielle. D’un vrai professionnel ayant investi les terrains désertés par Jacques Chirac, à commencer par les médias et un parti, l’UMP, dont le chef de l’Etat ne voulait pas et dont il s’était désintéressé. Car une politique étrangère, aussi active soit-elle, ne suffit pas. Sarkozy a redonné du sens là ou Chirac semblait singulièrement absent. Pour autant l’homme n’est pas un ange et suscite, comme tous les grands prédateurs, des inquiétudes.
Sans doute sont-elles excessives car, question dureté, Ségolène Royal n’a rien à lui envier. Et beaucoup ne perçoivent pas une certaine générosité sans laquelle le candidat UMP n’aurait pas conquis son public.
Adoucir ses positions
Cette entreprise de dédiabolisation sera donc l’objectif des prochains jours. Nul doute que la bataille pour la conquête des voix centristes soit au cœur des préoccupations, obligeant l’homme de droite à adoucir ses positions, comme il l’a fait dimanche soir en évoquant son « rêve français », et la femme de gauche à moderniser clairement la ligne de son parti. Laquelle rechigne encore à jouer la carte de Dominique Strauss-Kahn qui pourrait la crédibiliser. Quoi qu’il en soit, rien ne serait pire pour Sarko que de croire qu’il a déjà gagné. De ce point de vue, par delà leurs compétences respectives, le débat du 2 mai servira de révélateur. Notamment aux caractères de l’un et de l’autre qui seront examinés à la loupe.

22.04.2007

L' instinct du choix

Inutile d’appeler nos concitoyens à voter, ils sont déjà archimobilisés comme si la prise en compte des enjeux les stimulait. Après une succession d’électrochocs, du 22 avril 2002 aux émeutes urbaines, en passant par le référendum européen, les Français sont conscients, à travers ce renouvellement de générations, d’un changement d’époque. À tout le moins, il y a là le signe d’une vitalité démocratique qui devrait nous rassurer sur un pays ayant le tort de sous-estimer ses atouts. Si l’on peut parler d’une certaine américanisation des joutes électorales, le marketing politique demeure néanmoins beaucoup plus discret qu’aux Etats-Unis, les campagnes négatives à la télévision n’ayant pas droit de cité en France. Si la psychologie des candidats paraît désormais mieux étudiée, cette campagne aura évité, du moins jusqu’au premier tour, la personnalisation à outrance au détriment des programmes. Qui peut dire que les principaux problèmes ne furent pas évoqués de façon parfois fugace au gré d’un zapping permanent sur les thèmes de campagne ? À l’évidence, la France a aujourd’hui besoin d’un bon manager pour éviter de glisser sur la pente du déclin car le modèle français n’en est plus un. Reste à savoir celui ou celle qui sera le plus déterminé et qui aura le meilleur savoir-faire pour rendre la confiance au pays. Tout en lui permettant de regarder l’avenir sans peur excessive.
Ce tournant à prendre, il revient aux politiques de l’expliquer mais la mise en œuvre sera le fait des Français. En effet, la France a besoin d’un bon pédagogue mais les citoyens restent avant tout les acteurs d’un changement qui est à l’œuvre de façon continue et souvent imperceptible.
En modernisant la droite, Nicolas Sarkozy a incité Ségolène Royal à bousculer la gauche. Et François Bayrou à redonner au centrisme un éclat qu’il avait perdu. Nous verrons bien dans quel ordre ils seront présélectionnés ce soir. À travers ce rituel symbolique de l’élection à la magistrature suprême, c’est désormais votre instinct qui fera la différence pour choisir au-delà des mots et des promesses.

18.04.2007

Un dictateur bien convenable ?

A force de répéter constamment la même chose, François Bayrou chute à 15 % dans notre sondage BVA-Orange. Comme si l'aspiration d'une majorité de Français au changement balayait les doutes sur le caractère de Nicolas Sarkozy que Marianne dépeint volontiers en Charlie Chaplin dans « Le dictateur ». Reste que le « tout sauf Sarko » n'est pas nouveau et lui a jusqu'à présent profité. Car le fait de chercher la confrontation, que la plupart des gens fuient, lui a permis d'asseoir sa position comme leader de son camp. En se hissant notamment au niveau de Chirac qu'il a débordé et tétanisé. Non seulement, les critiques de la gauche le confortent, mais désormais celles de Le Pen traduisent l'inquiétude du leader frontiste d'être marginalisé, faute d'avoir passé à temps le relais. Ces sous-entendus sur Sarko l'immigré ou sur les rumeurs d'une nouvelle dégradation de sa relation avec son épouse participent d'un travail de sape qui risque pourtant d'être sans effet. Car les Français ne veulent plus d'un président radsoc courant les colloques internationaux mais d'un responsable alliant autorité et efficacité. Quoi qu'on pense du président de l'UMP et de ses travers horripilants, on ne peut lui enlever d'avoir eu du courage, de l'énergie et de l'intuition. Peu ou prou, ses thèmes de campagne autour de l'identité et des valeurs se sont imposés. Et en affirmant leur autonomie, les centristes ont enlevé aux socialistes l'appui symbolique que constituait le fait de censurer le gouvernement. Si Ségo et Sarko se retrouvent en finale comme semble l'indiquer ce sondage, la question des alliances sera cruciale pour le second tour. Avec Bayrou en position d'arbitre dont les proches disent déjà qu'il ne donnera pas de consigne de vote. Quitte à être dépassé par les événements. Nicolas Sarkozy est allé se recueillir à Colombey sur la tombe du Général de Gaulle qui avait dit un jour : « Ce n'est pas à mon âge que je vais entamer une carrière de dictateur ». Par le score qu'ils lui attribueront dimanche, les Français indiqueront clairement s'ils entendent ou non le laisser encore mûrir, ou s'ils le considèrent déjà comme un dictateur bien convenable.

17.04.2007

Point de vue. Villepin en recours

« La chose est prévue ». C'est par cette formule quelque peu condescendante que Dominique de Villepin a évoqué son soutien à Nicolas Sarkozy. Lequel ne paraît plus guère pressé de s'afficher aux côtés du Premier ministre. Car un bilan, même très convenable, reste un bilan. Du coup, l'ancien ministre de l'Intérieur, étroitement associé à la gestion chiraquienne sans avoir réellement rompu, n'est pas demandeur d'un soutien aussi chichement mesuré qui risquerait, de surcroît, de trop le marquer. Prisonnier de sa fidélité à Jacques Chirac auquel il doit beaucoup, lâché par les députés UMP convaincus que leur salut passait par Sarko et surtout affaibli par l'enchaînement fatal de la crise du CPE et de l'affaire Clearstream, Villepin a finalement renoncé à la présidentielle. Du moins pour ce coup-ci. Son capital apparaît néanmoins préservé, d'autant que l'homme est resté loyal à sa famille politique qu'il n'a pas trahie, cherchant seulement à faire entendre sa différence. S'il veut néanmoins poursuivre dans cette voie, pariant sur les désillusions à venir, le Premier ministre devra accroître ses efforts. Au cours des derniers mois, une stratégie fluctuante, le refus des contingences politiques et une spontanéité à fleur de peau ont engendré la perception d'un pur-sang pas encore totalement maîtrisé. Question d'apprentissage sans doute, tant il est vrai qu'une carrière politique se construit sur plusieurs décennies. Le risque est cependant de s'enfermer comme beaucoup d'anciens Premiers ministres dans une posture d'ex, jamais avare de conseils mais plus réellement en situation de peser. Si Ségolène Royal ou François Bayrou sont élus, Dominique de Villepin retrouvera automatiquement un espace politique. Si c'est Nicolas Sarkozy, l'affaire sera beaucoup plus difficile car ils appartiennent à la même génération et Villepin risque de s'épuiser dans une critique stérile de la nouvelle présidence. Reste à savoir quel est son vrai désir. L'homme ferait un formidable patron de presse et retrouverait de la sorte l'influence qu'il a désormais perdue.

06.04.2007

Sarko mise sur la polarisation

Jacques Chirac l’a appelé pour lui dire : « Je pense que tu vas être élu ». Bernadette, qui lui avait glissé « heureusement qu’on vous a », au lendemain des élections régionales, était, hier, avec lui en meeting à Lyon. Entre-temps, elle avait chanté ses louanges dans une interview au Nouvel Obs après l’avoir longtemps traité en privé de « petit saligaud » pour sa « trahison » de 1995. Mais c’est surtout avec Jean-Marie Le Pen, qu’il fut le seul à affronter en débat, que les relations du président de l’UMP se sont normalisées. En effet, le président du FN, qui se voit au second tour, dit rarement du mal de Nicolas Sarkozy qui entend bien lui rafler son fonds de commerce. Ainsi, le discours du candidat de l’UMP s’est-il durci pour être compatible avec les électeurs d’extrême droite en leur démontrant que le vote utile passe par lui. Refusant de retourner en banlieue pour ne pas être la cible d’une provocation, il estime que les évènements de la gare du Nord l’ont largement servi. Il a d’ailleurs grossi le trait afin de faire passer ses concurrents pour d’incurables laxistes, faisant perdre à Ségolène Royal ses soutiens à droite. Stigmatisant les adeptes de la repentance et prenant le parti des rapatriés, tout comme celui des marins-pêcheurs absous de l’incendie du Parlement de Bretagne, comme si leur violence était plus légitime que celle des casseurs de banlieue, estimant dans un entretien à Philosophie Magazine qu’il n’est pas loin de « penser qu’on naît pédophile », Sarko s’affiche résolument à droite comme on ne l’avait pas fait en France depuis 25 ans. De fait, ce qu’il gagne chez les sympathisants FN, il le perd dans l’électorat UDF. Ce faisant, il sort d’une soumission à l’égard d’une idéologie dominante que Jacques Chirac, avec son tempérament rad-soc, aura prolongée et annonce le temps de la confrontation au sein de la société française. En polarisant l’élection, Sarko, qui pense que la cristallisation des intentions de vote se fera durant le week-end de Pâques, est-il en passe de la gagner ?

05.04.2007

Une campagne à l’américaine

Il la traite d’hystérique, elle le qualifie de menteur ! Il arrive un moment dans une campagne électorale où les caractères se dévoilent, où l’on entre dans le dur. Et les arguments deviennent ceux d’une scène de ménage où la femme est forcément hystérique et l’homme menteur. Quand les programmes ont été largement évoqués au risque de la répétition dans des conférences de presse soigneusement mises en scène et consciencieusement retranscrites par de gentils journalistes transformés en toutous (pas tous heureusement). Quand les uns et les autres ont dit tout et son contraire au gré de leurs humeurs et des impératifs de l’actualité, il ne reste plus que la psychologie des acteurs à décrypter. Car nous sommes entrés dans un processus d’américanisation de la société française. Tout y passe, de la délinquance galopante de ces bandes incontrôlables aux politiques qui sont devenus des « people » et ne font plus que de la communication. « Votez MacKay », on se souvient de ce film culte interprété par Robert Redford en candidat démocrate qui mettait en scène les ressorts du marketing politique, il y a 35 ans, Outre-Atlantique. La fin de la V e République, c’est aussi la banalisation du politique dont la toute puissance culmina lors des « Trente Glorieuses » et qui doit aujourd’hui s’incliner face aux forces du marché, quoi qu’en disent les candidats. Que reste-t-il de l’extrême gauche, 40 ans après mai 68, elle qui apparaît laminée dans ce scrutin présidentiel dès lors que Chirac n’est plus là pour la remettre en selle à travers un improbable référendum ? Et la gauche blairisée par Mme Royal dont les foucades détruisent consciencieusement un parti qui l’a tant méprisée. Ségolène qui serait sans doute, si elle était élue par rejet de son adversaire, une présidente de droite dans la lignée de son modèle, François Mitterrand. A moins que les Français ne décident de mettre fin à cette confusion mentale qui voit la gauche mener une politique de droite et inversement. Pour l’heure, la presse agite la menace d’un Le Pen au deuxième tour. Histoire d’écarter la menace de plus en plus précise d’une élection de Sarko l’Américain (ou du moins le libéral), le candidat d’une révolution conservatrice qui débarque sur le tard en France mais semble à beaucoup inéluctable.

04.04.2007

Bayrou et son bonhomme de chemin

Comme s’ils voulaient garder jusqu’au bout la maîtrise de la situation, les Français entretiennent l’incertitude sur leurs intentions de vote, reflet de leur perplexité, au grand dam des sondeurs. Cette élection traduit, en effet, l’absence de repères dans une société en pleine mutation qui cherche ses marques sur fond de retour à l’autorité, selon une tendance lourde que les principaux leaders politiques ont désormais intégrée. Les sondeurs maintiennent donc, sans prendre de risques, les trois principaux candidats dans un mouchoir de poche, compte tenu des marges de correction. Incontestable favori, Nicolas Sarkozy est le plus concret, même si sa campagne se mène parfois à la godille entre sa volonté de rassembler (plus flagrante dans son camp que dans celui de Ségolène Royal) et le clivage droite-gauche sans cesse réactivé. Ainsi, pourrait-il perdre au deuxième tour ce qu’il aura gagné au premier avec des propositions comme celle du ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration, dont la juxtaposition fait débat. En revanche, sa volonté réitérée d’instaurer un service minimum dans les transports publics ou un bouclier fiscal à 50 % des revenus, une TVA sociale (fonctionnant comme une taxe à l’importation) tout comme une équipe gouvernementale réduite à 15 membres dirigeant réellement leur administration et révocables en cas d’absence de résultats, est un signe de modernité. « On a trop peur de Nicolas et pas assez de Ségolène. Entre la trouille qu’il inspire et l’incompétence qu’elle manifeste, il est bien difficile de savoir qui va l’emporter, entend-on dans son entourage. Malgré son piétinement dans les sondages, Bayrou, qui a, d’ores et déjà, gagné son pari d’une troisième voie, poursuit son bonhomme de chemin. Certes, on aimerait que la République apaisante qu’il prône prenne un peu d’épaisseur. Sa campagne, qui rappelle celle de Chirac en 95, ne dépasse pas le stade des propos incantatoires. Son discours anti-élites et sa dénonciation d’un plafond de verre pour les exclus a un air de déjà vu. Sa volonté de remettre en route l’ascenseur social ou de supprimer l’Ena avaient déjà été entendues dans la bouche de Madelin. Sa seule chance réside dans un rejet suffisamment fort de Sarko que ne mesureraient pas les sondages pour qu’il puisse, au final, prendre sa place.

03.04.2007

Nicolas Sarkozy est-il aimable ?

Il le répète à l’envi. Il a changé. Nicolas Sarkozy, qui ne s’est jamais départi de son tempérament bagarreur, s’est endurci. Il manie aujourd’hui avec aisance séduction et poigne de fer. Le candidat de l’UMP pour l’élection présidentielle tient aujourd’hui un meeting à Lanester (56).
C’est Jean-François Achilli de France-Inter qui le raconte dans sa chronique de campagne (1) de Nicolas Sarkozy qu’il suit presque pas à pas depuis quelques années. Furieux d’entendre son patron qualifié de « facho » comme Chirac en son temps, dans une chanson de Renaud, Pierre Charon, conseiller de l’ombre du président de l’UMP décrète : « Maintenant on ne laissera rien passer. Il faut répondre coup pour coup. » Et l’ancienne éminence grise de la chiraquie, virée par le grand chef pour avoir diffusé des rumeurs sur sa fille Claude, de téléphoner à toutes les rédactions afin de délivrer en substance le message suivant : « Si Renaud, ex-tontonmaniaque, associe Sarko à "facho", il oublie qu’à une époque il confondait la francisque avec la République. A sa place, aujourd’hui je marcherais à l’ombre ! » Et dans le même temps, rappelle Achilli, Charon vend son candidat au show-biz parisien. De Steevy à Doc Gyneco en passant par Pascal Sevran, Pierre Palmade et Faudel. Tout y est : poigne de fer et séduction.
Claques et compliments
Après des décennies de culpabilisation, dont Jacques Chirac fut l’exemple vivant, Sarko et ses tontons flingueurs ont montré à la droite qu’elle ne devait avoir peur de rien ni de personne. Appuyés par la formidable machine de marketing politique qu’est devenue l’UMP, ils distribuent allègrement claques et compliments. Azouz Begag ose critiquer l’utilisation du terme « racaille » pas forcément injustifié d’ailleurs mais perçu de façon stigmatisante par des jeunes de banlieue qui ont les nerfs à fleur de peau ? Aussitôt on évoque des antécédents psychiatriques dont l’intéressé, qui finira par rallier Bayrou, s’étonne encore. Quand Villepin entreprend de concurrencer Sarko dans son ambition présidentielle : « Il est fou », entend-on à propos d’un personnage qui pourrait être tout au plus qualifié de fantasque. Quant à Ségolène Royal qui utilisait le terme excessif « d’ignoble » à propos de la création d’un ministère de l’Identité nationale et de l’immigration, le candidat UMP la taxe quasiment « d’hystérique » au grand jury RTL-Le Monde. Ses collègues au gouvernement s’en étaient rendu compte : le langage et les pratiques de l’ancien ministre de l’Intérieur relèvent de l’art de la guerre. « Balladur n’est pas un fighter », dira-t-il en conclusion de la présidentielle de 95 avant de se mettre à son propre compte. C’est en cela que le candidat a marqué un clivage dans la vie politique d’un pays dont l’esprit de consensus profitait jusqu’alors à la gauche. Laquelle tétanisée, tel un lapin pris dans les phares, par une agressivité dont elle croyait détenir le monopole, ne sait plus réagir.
Hargne à être reconnu
En qualifiant Nicolas Sarkozy de « candidat d’affrontement » après qu’il a accusé les socialistes de « faillite morale », Laurent Fabius entre dans le jeu d’un homme n’ayant pas son pareil pour piéger l’adversaire. Le « Tout sauf Sarko » ressurgit. Mais cela ne lui avait pas si mal réussi par le passé, même si sa position de favori est aussi un handicap. Dans sa biographie best-seller (2) de celui qu’elle nomme en tête d’un chapitre « N. le maudit », Catherine Nay explique ce tempérament bagarreur par sa position danss sa fratrie. Durant l’enfance, il s’est identifié au mal-aimé. Impossible pour le petit Nicolas d’accepter que l’aîné Guillaume joue les chefs de famille en l’absence d’un père cavaleur ayant quasiment abandonné ses enfants. D’où cette hargne à être reconnu qui ne s’apaise qu’avec des succès conquis de haute lutte. Car pour Sarko, la vie n’est qu’un combat et chaque victoire prépare la suivante. Catherine Nay raconte que lors d’un voyage d’adolescence à Salonique, il entreprend de récupérer la part d’héritage de son arrière- grand-père bijoutier : « Nicolas a tellement baratiné qu’il a fini par vaincre les réticences du notaire et du banquier. Il s’est battu comme un lion, rien ni personne n’aurait pu lui résister. » Dans « Témoignage », il évoque les capacités d’énergie (déjà grandes) qu’il a trouvé en lui et dont il ne se serait pas cru capable pour surmonter la blessure que lui infligeait sa femme Cécilia en s’affichant avec un autre. C’est ce manque-là qui est à la fois sa force et sa faiblesse. Elle illustre sa capacité à donner et à prendre (aux autres), sa propension à aimer et à haïr.
Marianne ne veut pas se faire niquer
L’homme s’est endurci et s’il inquiète aujourd’hui, c’est que les plus faibles craignent que Sarko ne leur fasse aucun cadeau. Certes, à entendre son programme présidentiel, exposé hier dans un grand hôtel parisien avec le livre-produit « Ensemble » à la clef, les promesses sonnent agréablement aux oreilles : mettre fin au renoncement et à la crise politique, économique, sociale, bref d’identité du pays. Le diagnostic est parfait, comme celui de la fracture sociale en son temps. En bon mécanicien qui fait ce qu’il dit, Sarko peut être plus généreux qu’une certaine caste énarchique qui n’a pas su moderniser le pays. Mais Marianne reste une jolie fille qui ne veut pas se faire niquer (3) pour de la poudre aux yeux et hésite encore sur le pas de la porte... 1. « Jusqu’ici tout va bien... », Ramsay (17 euros). 2. Un pouvoir nommé désir, Grasset, 20,90 euros. 3. Selon son expression favorite : « Je les ai tous niqués ».

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