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30.03.2007

Ségo-Sarko couple explosif

À l’occasion de son livre d’entretiens rédigé par Marie-Françoise Colombani et intitulé « Maintenant », elle revendique sa vie de couple avec François Hollande dont la rumeur disait qu’il avait repris sa liberté. Dans Paris Match, elle rend hommage au père de ses enfants comme à l’homme politique le plus brillant de sa génération. Lequel a dû s’incliner face à sa détermination et au fait qu’elle était en situation. Ségolène Royal a beau appartenir à une époque où les femmes se sont émancipées au risque d’une « confusion des sexes » que pointe avec brio le psychanalyste Michel Schneider, l’amour au sein du couple, l’acceptation de l’altérité, reste la plus belle des aventures humaines. Et pour cette génération soixante-huitarde d’enfants gâtés portée par les « Trente Glorieuses » le retour aux valeurs traditionnelles est perceptible, même à gauche. N’a-t-elle pas rêvé à voix haute d’un mariage (institution naguère jugée ringarde) en Polynésie avant d’être sèchement démentie par un compagnon qui n’aime guère qu’on lui force la main ? En toute femme phallique (au sens où le phallus incarne le pouvoir) sommeille une romantique quêtant la reconnaissance du père. Voilà qui nous promet un débat passionnant entre Ségo et Sarko entre les deux tours s’ils sont bien en finale.
L’extrait d’un échange à couteaux tirés datant d’une dizaine d’années, diffusé lors de la dernière émission d’Arlette Chabot, est apparu prometteur. L’homme, symbole d’une autorité battue en brèche dont la reconquête s’avère d’autant plus difficile qu’elle n’apparaît pas forcément légitime. La femme, protégée par le respect qu’on doit à la mère, laquelle exerce son emprise manipulatrice sur la tribu. Avant de monter sur le ring, on leur conseillera le film « la Cité Interdite » qui montre à l’Occident épuisé par l’Histoire et prisonnier des valeurs maternantes, comment agissaient les guerriers de cet Orient cruel dont les héritiers sont en passe de conquérir le monde.

28.03.2007

Sarko-Borloo : embrassons-nous Folleville !

Afin de minimiser le ralliement du ministre de l’Emploi et de la Cohésion sociale à Sarko, Bayrou a estimé que Borloo devait avoir des doutes pour avoir attendu le dernier moment. En réalité, l’ancien avocat d’affaires est un redoutable négociateur. Attendre lui a permis d’observer l’évolution des rapports de force. Nicolas Sarkozy a d’abord été affaibli en raison des doutes exprimés par Pierre Méhaignerie sur la crédibilité de son programme économique. Puis déstabilisé par l’effet Bayrou alors que son entourage niait l’évidence en évoquant le syndrome Chevènement. Et, enfin, pour compenser la percée au centre du candidat de l’UDF, il a effectué un virage à droite au nom de l’identité nationale au risque de faire monter Le Pen. A moins que la manœuvre ait définitivement permis de fixer le score du président du FN en dessous de 15 %. La stratégie du président de l’UMP ayant à ses yeux le mérite d’entraîner Ségolène Royal sur son terrain. Celui de la nation et du drapeau dans lequel elle se dépêtre aujourd’hui puisqu’il ne correspond pas aux traditions de la gauche. Témoin : la polémique en raison de sa position finalement rigoureuse sur les sans-papiers. Toujours est-il que Jean-Louis Borloo entre en scène au bon moment pour rééquilibrer la campagne de Nicolas Sarkozy.
Proche des syndicats et caution de centre-gauche du gouvernement Chirac, toujours un peu coupable de ne pas avoir résorbé la fracture sociale, Borloo a réalisé 70.000 constructions de logements sociaux là où la gauche n’en faisait que 20.000. Ségolène Royal ayant surenchéri à 100.000 sans que l’on sache avec quels moyens, voilà le ministre de la Cohésion sociale prêt à promettre un plan Marshall (référence à l’aide américaine d’après-guerre) pour les banlieues plus un chômage ramené à 5 % dans les cinq ans. Et voilà nos deux compères à nouveau bras dessus bras dessous après un dîner en Avignon où Nicolas s’est dit « totalement en confiance avec Jean-Louis ». De là à lui promettre Matignon pour rassurer ceux qu’inquiète son programme qualifié de néo-reaganien ! Nous ne sommes pas loin du vaudeville de Labiche : embrassons-nous Folleville !

23.03.2007

La peur de l’inconnu

Malgré la perplexité du corps électoral (quatre électeurs sur dix décidés à voter n’ayant pas fait leur choix), quelques tendances de fond se dégagent à un mois du scrutin présidentiel. Une volonté de changement, comme c’est toujours le cas, mais doublée d’une appréhension de ce changement, subtilement entretenue par l’actuel Président. Lequel laisse entendre, de façon subliminale, qu’on peut lui reprocher de ne pas en avoir fait assez, mais qu’il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain, à savoir notre modèle social, car cela pourrait être pire. Son adoubement a minima de Nicolas Sarkozy, qui n’a cessé de critiquer le statu quo chiraquien, est révélateur. Sarko s’est imposé dans son camp parce qu’il est celui qui propose une vision cohérente de l’adaptation de la France au monde. Il est le premier à droite à avoir réussi à populariser cette idée d’un assainissement par des réformes gagnantes. Lesquelles mettraient fin autant à la crise sociale qu’à celle des valeurs, qui mine le pays. Enfin, il est le seul à avoir réussi à faire la jonction entre la droite et l’extrême droite, dont les électeurs ont réalisé, en mai 2002, que leur vote protestataire ne débouchait sur rien. Le même réflexe de vote utile prévaut au détriment de l’extrême gauche, qui avait été portée par le « non » au référendum européen.
Privant du même coup les socialistes de réserves de voix pour le deuxième tour. Les doutes sur la personnalité de Nicolas Sarkozy, identiques à ceux pesant sur François Mitterrand en 1981, n’en sont pas moins atténués par la vague néo-conservatrice qui souffle sur le pays et laisse la gauche désemparée. Au point que Ségolène Royal est venue conforter son adversaire en revendiquant les thèmes d’autorité qu’il avait été le premier à mettre au goût du jour. La poussée en faveur de François Bayrou, qui semble en passe de retomber au profit d’un clivage droite-gauche réactivé, profite de ces incertitudes sur la vraie nature du président de l’UMP, dont le caractère protéiforme et le désir de séduire envers et contre tout inquiètent l’opinion. À cet égard, le vote en faveur de Sarko apparaît plus comme un risque raisonné pour le changement que le choix d’un homme comme Bayrou, qui incarnerait plus une forme de continuité avec les valeurs traditionnelles du pays. Au risque de l’immobilisme.

22.03.2007

Selon le candidat de l’UMP les Français ont choisi

L’effet Bayrou marquant le pas, le président de l’UMP respire. « Je pense que les Français ont fait leur choix, mais jusqu’au bout, ils voudront que je le mérite » nous a déclaré, hier, Nicolas Sarkozy en recevant à déjeuner quelques éditorialistes de la presse régionale, à son QG de campagne. Sur les visages de son équipe, on sentait un certain soulagement. Le sondage BVA-Orange indiquant une chute de François Bayrou dans les sondages (lire page 4) l’avait forcément rasséréné.
Ne pas être vu comme le dauphin
Tout comme le soutien du bout des lèvres accordé par Jacques Chirac, qui apparaît comme le meilleur cas de figure pour le candidat. Ni trop ni pas assez. Suffisamment en tout cas pour respecter les formes, sans être identifié comme le dauphin. Sur Bayrou, Sarko ne s’est pas éternisé. Il estime que le président de l’UDF a raté le coche en ne donnant pas assez de contenu à sa campagne, au moment ou il décollait dans les sondages. Qu’il n’a jamais fait de réformes, a mis le nez en banlieue deux fois en tout et pour tout, ne travaille pas assez, et que son référendum aboutirait à tuer définitivement l’Europe... Bref qu’on ne peut progresser sans prendre de risques et que les Français savent que lui est un peu plus prêt que les autres.
A propos de Chirac, Sarko réfute l’idée d’un service minimum, même si les mimiques du président étaient éloquentes sur cette figure imposée, soulignant que ce soutien était exprimé dans la solennité du cadre élyséen. Et que cela vaut mieux qu’un long discours pour vanter ses qualités.
« Mme Royal ne sera pas facile à battre »
Cela était, de toutes façons, hautement improbable vu la détestation éprouvée par le chef de l’Etat à l’égard de son turbulent ministre de l’Intérieur, dont il espérait accrocher le scalp à son tableau de chasse. Plus mobile que les chiraquiens figés dans une époque révolue, Sarko ne lui en a pas laissé le loisir. « Difficile d’accepter quelqu’un qui incarne la personnification de sa mort politique », a néanmoins glissé Sarko, en forme de prudente épitaphe. Tant que la partie n’est pas jouée, mieux vaut peser ses mots. « Si je suis au deuxième tour, Mme Royal ne sera pas facile à battre et j’aurais pu battre Bayrou », a-t-il tenu à préciser.

21.03.2007

Ségolène ou la force d’une fragilité

Elle semble un peu fatiguée, parlant doucement, à voix basse presque inaudible. Quel marathon inhumain que la présidentielle ! On dit que François Hollande dans les périodes où la communication circule entre le QG du boulevard Saint-Germain et la rue de Solférino, incite ses collaborateurs à alléger son programme : « Vous allez la tuer » dit-il ! Quels que soient les hauts et les bas, il y a toujours des marques d’attention dans le couple. « J’ai entendu beaucoup de souffrances durant ces débats participatifs, notamment des femmes seules » confie la candidate parfois vilipendée pour son parcours en solitaire, sa propension à aller chercher les caciques du parti quand elle s’essouffle, puis à les jeter, quand ils deviennent encombrants. Qui n’a pas été intrigué par le peu d’attention témoignée à Dominique Strauss-Kahn qui semblait pourtant lui apporter un surplus d’épaisseur. C’est ainsi qu’elle fonctionne, pompant des idées à droite et à gauche, en demandant des notes aux uns et aux autres sans forcément leur accorder la reconnaissance qu’ils attendent. Au risque parfois d’un retour de bâton. La saillie du député socialiste Eric Besson « Qui connaît Mme Royal ? », édité avec gourmandise par Olivier Nora, PDG de Grasset, en est l’illustration la plus marquée.

« Ne comptez pas sur moi pour en faire la promotion » nous répliquera Ségolène à propos de ce livre qui souligne en creux ses difficultés à fédérer. Et pourtant, elle résiste et témoigne d’une belle opiniâtreté dans l’adversité. A travers Mme Royal, le PS joue sa survie tant il est vrai qu’être une nouvelle fois écarté du second tour de la présidentielle conduirait immanquablement à son explosion. C’est cette remise en cause de son être, ses blessures auxquelles s’identifient ses partisans qui lui donnent la force de continuer. La force d’une fragilité qui est en chacun d’entre nous. Et la machine se remet en route, la voix se fait plus assurée, les propositions de rénovation institutionnelle se succèdent, le schéma d’une social-démocratie à la scandinave prend forme ainsi que la cohérence d’un projet sans doute contestable et peut-être dépassé mais qui a le mérite d’exister. On aurait tort d’enterrer trop vite Mme Royal.

20.03.2007

Quand Sarko et Ségo font le lit de Bayrou

Ayant du mal à choisir entre les deux favoris, les Français ont inventé le ménage à trois à l’occasion de cette présidentielle qui ne sera pas moins surprenante que la précédente. Car pour ce renouvellement de générations qui s’impose, nos dinosaures de l’après-guerre étant usés jusqu’à la moelle, il convient de ne pas se tromper. Les électeurs garderont donc les cartes en main jusqu’au bout.

Solitude et improvisation
Handicapée par l’ambivalence idéologique d’un PS ayant toujours refusé de sortir de l’ambiguïté, attitude schizophrénique qui n’est plus tenable aujourd’hui, Ségolène Royal s’est montrée courageuse en bousculant certains tabous. Mais la solitude et l’improvisation dans laquelle elle s’est enfermée ont freiné son envol. Aujourd’hui considérée comme piètre oratrice et mauvaise camarade, elle semble désormais moins guidée par la séduction des débuts que par la force du ressentiment. Elle n’a plus d’autre choix que de tenir et assumer. Car l’objectif est aujourd’hui de ne pas décrocher pour figurer au second tour et laver l’humiliation de 2002. Ségo et Sarko ont surtout commis une erreur majeure : en refusant l’affrontement au profit d’une stratégie d’évitement, ils ont fait le lit du candidat centriste.
Car Bayrou n’est pas que le produit des réserves suscitées par leurs personnalités respectives. Dès lors que Nicolas Sarkozy a recadré sa campagne à droite, polémique sur l’identité nationale aidant, il est remonté dans les sondages. De ce point de vue, les propositions de la présidente du Poitou-Charentes sur une VI e République inspirée par Arnaud Montebourg, restent encore trop abstraites. Ségolène Royal n’a pas tenu compte des analyses d’un Laurent Fabius sur la nécessité de rassembler à gauche. Elle aussi, en venant sur son terrain, a fait grimper Bayrou par sa campagne centriste. Lequel ne progresse plus, sans doute parce qu’il ne dit plus rien pour ne prendre aucun risque.

Un président qui fasse efficacement le boulot
C’est la force de Sarkozy de répondre à un certain nombre de questions que se pose la société française. L’homme n’inspire pas la sympathie (pas plus que Ségolène) mais est-ce véritablement l’enjeu de l’élection de 2007 que d’aimer et être aimé ? On a vu avec Chirac que le résultat n’était pas à la hauteur des enjeux. La France n’a-t-elle pas surtout besoin d’un président(e) qui fasse efficacement le boulot ? C’est sans doute le prix à payer pour la banalisation d’une fonction encore perçue de façon trop monarchique.

16.03.2007

Chirac et le bon choix

Protégé par l’immunité qu’avait confirmée l’ancien président du Conseil constitutionnel Roland Dumas (à l’époque on avait parlé d’échange de bons procédés) Jacques Chirac aura traversé ses mandats successifs sans être aucunement inquiété par l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris. Seuls son ancien adjoint aux finances de la mairie, Alain Juppé, et son ex-chef de cabinet, Michel Roussin, auront vu leur carrière politique brisée. L’un s’exilant au Canada avant de reprendre son mandat municipal à Bordeaux sans pour autant concourir à la présidentielle comme ses capacités pouvaient le lui laisser espérer. L’autre quittant définitivement la politique pour une brillante carrière dans le privé au sein du groupe Bolloré. Deux hommes salis dans leur honneur alors qu’il n’y avait aucun enrichissement personnel mais de simples circuits de financement qui méritaient d’être clarifiés et conduiront l’UMP à rembourser la ville de Paris fonctionnant alors comme une vache à lait. À lire l’ouvrage de Jean-François Probst (*) qui évoque également l’affaire des « frais de bouche » du couple Chirac, on mesure en effet que l’argent coulait à flots et qu’il était temps que la justice y mette bon ordre.
Certains, comme Roussin, en ont encore gros sur la patate d’avoir porté le chapeau sur ordre de l’Élysée. Beaucoup, à commencer par Juppé, ont rallié Nicolas Sarkozy pour se venger d’avoir servi de bouc-émissaire. Il n’est d’ailleurs pas anodin que l’information d’une convocation du Président en juin prochain au tribunal de grande instance de Nanterre sorte alors que Chirac n’a pas encore exprimé son choix pour la présidentielle. Et cela peu de temps après la nomination à Nanterre du juge Courroye à l’initiative de Sarko. Comme s’il fallait indiquer au chef de l’Etat de ne pas trop tarder avant d’indiquer le bon choix.
* Chirac mon ami de 30 ans (Denoël)

14.03.2007

Borloo arrive comme les carabiniers

Tenir trop tôt un discours centriste digne d’une stratégie de deuxième tour n’est pas sans risques. En se réclamant de Blum et Jaurès, récupérés par le rédacteur de ses discours, Henri Guaino - le concepteur de la « fracture sociale » chiraquienne -, Nicolas Sarkozy a réussi à crédibiliser la troisième voie que veut incarner François Bayrou. Notre pays est en effet un modèle d’équilibre et de tempérance qui a le goût du juste milieu, surtout quand ce modèle est menacé. De ce point de vue, Bayrou apparaît comme le prolongement de cette exception française, le continuateur de l’œuvre chiraquienne largement axée sur la préservation du statu quo, ce que l’on appelait les acquis sociaux du temps de François Mitterrand. Et en plus, le président de l’UDF a l’avantage de la nouveauté puisque personne ne s’intéressait jusqu’alors à sa campagne. Menacé par la percée de Bayrou, à un degré certes moindre que Ségolène Royal, qui vit la semaine de tous les dangers, Sarko se replie sur ses fondamentaux. Priorité désormais au premier tour avec le secret espoir, comme nous l’écrivions déjà il y a un mois, que Ségo ne dévisse pas. Pourvu qu’elle tienne, espère-t-on autant à l’UMP qu’au PS, comme s’il fallait à tout prix réactiver le clivage bi-partisan afin d’éviter que Bayrou ne se qualifie pour le deuxième tour.
A cet égard, l’entrée en lice de Jean-Louis Borloo, posant ses conditions pour ravir Matignon à François Fillon, apparaît quelque peu tardive. Le ministre de la Cohésion sociale sera néanmoins bien utile pour l’entre-deux-tours. Surtout que le ralliement d’Azouz Begag à François Bayrou enferme un peu plus le ministre de l’Intérieur dans une posture de droite dure. Du moins selon la gauche, qui critique sa conception de l’identité nationale. Pour l’heure, Nicolas Sarkozy a tout intérêt à durcir le ton de cette campagne, somme toute assez molle. Car rien ne l’a mieux servi jusqu’à présent

13.03.2007

Chirac, un soutien pesé au trébuchet

Quel talent ! En annonçant aux Français qu’il les quittait mais qu’il les aimait, un aveu d’autant plus fort que Chirac n’est guère coutumier de ce genre d’épanchement, le chef de l’Etat s’est mis en position de peser sur l’élection présidentielle. Peu importe que son bilan ne soit pas glorieux, il n’est pas indigne. Outre le fait que le locataire de l’Elysée s’épargne ainsi une fin de mandat pénible comme celle du chancelier Helmut Kohl, il apparaît en mesure de fixer un cap et d’indiquer une préférence pour son successeur.
Un adoubement attendu avec impatience
Comme l’élection semble décidément vouloir se jouer dans un mouchoir de poche, l’autorité morale qu’il semble avoir conquise à l’arraché lui donne un poids non négligeable. François Bayrou l’a bien compris qui lui a décerné un satisfecit pour sa gestion de la crise irakienne. Et Nicolas Sarkozy grignoté au centre par le président de l’UDF et sur son flanc droit par Le Pen, attend avec impatience cet adoubement. Tout en cherchant alternativement à le minimiser puis à forcer la main du Président. Lequel éprouvant des sentiments plus que mitigés à son égard tout en ayant confié à son dernier biographe Pierre Péan qu’il « n’avait pas de haine », entend bien faire durer le plaisir. Tout en sachant qu’il ne peut se permettre d’exécuter en direct celui qui a rassemblé le camp de la droite dont lui, Chirac, s’est désintéressé sitôt élu avec un score de République bananière.
« Il m’a pourri mon quinquennat ».
Difficile cependant de tresser des lauriers au « diablito » dont il dit en privé : « Il m’a pourri mon quinquennat ». D’autant que le chef de l’Etat a constamment fait appel à ses services quand il était en difficultés, après la dissolution ratée ou l’échec du référundum européen. Nicolas Sarkozy qui ne se veut l’héritier de personne s’est dit « touché » par la déclaration de Jacques Chirac où certains voulaient déjà lire sa condamnation en filigranes. Ne serait-ce qu’à travers l’appel présidentiel à rejeter « l’extrémisme ». Il faudra donc examiner à la loupe les propos de soutien qui pourraient intervenir après le 19 mars, lorsque le Conseil constitutionnel aura arrêté la liste officielle des candidats.

09.03.2007

L’incertitude renforce Chirac

Jacques Chirac s’adressera aux Français dimanche soir, à 20 h, dans une déclaration officielle à la télévision . A six semaines du premier tour, le président de la République annoncera ses intentions pour l’élection présidentielle .
Depuis des semaines, il est acquis pour le microcosme parisien que Chirac ne se représentera pas. Certes, une surprise est toujours possible. Mais sa présence à l’Elysée depuis douze ans (amputés par cinq ans de cohabitation), son bilan jugé modeste, hormis un réel activisme en politique étrangère, assombri par l’échec du référendum européen, n’ont guère suscité d’appétence pour une nouvelle candidature.
Un message pour l’avenir
Aussi incertaine soit-elle, la campagne électorale est marquée par une volonté de renouvellement des générations au pouvoir. Toutefois, dans le climat d’indécision qui prévaut et qu’illustre la percée de François Bayrou, l’intervention du chef de l’Etat sera particulièrement suivie et décryptée. A une époque où les repères se brouillent, le président est encore celui qui peut donner du sens et délivrer un message pour l’avenir. Surtout s’il apparaît drapé dans la noble attitude de celui qui n’a plus d’ambition que pour son pays.
Interrogations sur l’intérêt d’un adoubement
Chirac se maintiendra néanmoins au niveau des principes. Et se gardera, du moins dans un premier temps, de donner son onction à l’un des candidats, en l’occurrence son ministre de l’Intérieur. Depuis plusieurs semaines, l’Elysée a fait ce qu’il fallait pour expliquer que le chef de l’Etat ne votait pas Ségolène et ne ferait pas battre son camp. Les rapports avec Nicolas Sarkozy se sont normalisés, mais le président de l’UMP s’interroge désormais sur l’intérêt d’un adoubement en bonne et due forme. Point trop n’en faut. Cela ne serait pas forcément productif dans le cas d’un homme ayant prôné la rupture avant d’abandonner un certain tropisme atlantiste et communautariste pour s’aligner, en fin de course, sur celui qu’il ne cessait de critiquer.
Chaque mot devrait compter
Une chose est sûre : dans l’équation complexe à trois acteurs qui caractérise cette élection, chaque mot devrait compter, chaque mimique sera examinée à la loupe. Avant de laisser les clefs du Château, Chirac, qui a fait preuve d’une grande retenue dans son expression publique, peut encore faire pencher la balance, dans un sens ou dans l’autre. Mais le départ annoncé d’un tel dinosaure de la vie politique sera en soi un évènement.

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